T O H U B O H U

13 février 2020

MENHIR TAPIS

 

MENHIR TAPIS

 

Françoise, dans sa voiture, crispée sur son volant.

 

_ Bon, vous avez bien attaché vos ceintures?

_ Vous n'avez pas soif? Tiens, donnez-moi de l'eau. J'aime bien boire. Je prends mes précautions quand je vais loin comme ça... (silence) Oh, ben quand même! Saint-Paul-Trois-Châteaux-Tournon... C'est pas la porte à côté...

_ Bon, attention! Taisez-vous. Je vais démarrer.

_ Bon, on arrivera quand nous... Je prends pas l'autoroute... Payer pour rouler, merci! Hi! Hi! Je veux dire : ça sert à rien d'aller vite. (silence) Il fait beau tant mieux, j'aime pas conduire.

_ C'était super ce salon du livre-jeunesse. Y'en avait beaucoup, dis donc, des livres. (silence) Remarquez, c'est normal, c'est un salon du livre quand même...

_ Moi j'aime bien les livres pour enfants: avec les images. On comprend tout. Ces trucs où ils s'embrassent, tout ça... La violence... J'aime pas... (silence) Comme ils parlaient bien les auteurs! Ils sont intelligents !... C'est normal, ils écrivent dans des livres! (silence) Non, c'était un bon salon! (silence) Et puis ça sort un peu...

_ Regarde-le, celui là! " Rien ne sert de courir, il faut partir à point " Et toc!

_ Non, l'autoroute, moi... Avec tous leurs camions là... On est plus tranquilles comme ça!

_ Ça va derrière ? Regardez pas par terre! C'est pas propre-propre! J'ai baladé le chien de ma mère, il a tout sali avec ses pattes. C'est plus un tapis, c'est un paillasson.. On se gêne pas entre nous! Le désordre, ça ne me dérange pas... Mais la saleté! Je fais ma lessive tous les lundis. Je mets les draps de dessus, dessous. Et je change le drap de dessous. (silence) Les serviettes, je les change toutes. Y a pas de dessus dessous. (silence) Ah, oui... Bien sûr! (silence) Les torchons, c'est pareil. (silence) Mais chacun fait bien comme il veut...

_ Alors là, je vais où ? Oui, je sais. Toujours tout droit jusqu'à Tain, mais quand même...vaut mieux être sûre quand on va tout droit.

_ C'est pas beau! Tous ces gens qui habitent au bord de la route, les pauvres! Ils devraient pas! Moi, je dis, en voiture, on ne devrait voir que des beaux paysages: des fleurs, des lacs, des menhirs, des beaux soleils, des nuages roses. Ça devrait être féerique! C'est vrai, c'est quand même pas souvent les beaux voyages...

_ Regardez-moi tous ces lotissements! Ça se construit! (silence). Non, moi je suis bien dans mon deux-pièces... Une maison, c'est trop de ménage.

_ Houlà, c'est des gilets jaunes, ça? Qu'est-ce qu'ils vont nous faire? On les regarde pas! On fait comme si de rien n'était. Vous parlerez s'ils nous disent quelque chose. Moi, je suis ni pour ni contre!

_ Ah non, c'est les travaux publics. Ça va. Ils sont gentils, eux.

_ La nuitée dans le gîte, c'était bien. J'ai entendu ronfler. Si ça se trouve, je ronfle aussi. C'est leurs oreillers que j'aime pas. Des gros. J'aime mieux quand c'est plat. De toutes façons, quand je voyage, je ne dors pas.

_ Bon, là, je tourne? Attendez que je voie les pancartes... Oui, toujours tout droit, je sais. Mais faut vérifier si on est sur la bonne route. Pourquoi il me klaxonne, celui-là? On peut plus s'arrêter sur les ronds-points, alors! On a bien le droit de réfléchir dans la vie!

_ J'ai eu du mal à avoir mon permis à l'époque. (silence) J'étais un peu rebelle. (pour rassurer) Enfin rebelle, je me comprends... J'avais une jupe longue et mon mari avait les cheveux jusque-là! Houlala! Toujours est-il : ils voulaient pas me le donner.

_ On dira ce qu'on voudra, la voiture, c'est la liberté. Ça pollue, ça fait du bruit, on paye pour se garer, n'empêche! On va où on veut, quand on veut! Qu'est-ce que je ferais sans ma voiture? 3000 kms par an! Le Babacar... comme y en a qui disent... J'essaye pas... Avec des gens que tu connais ni d'Eve-ni-d'Adam. Et tout ce qui se passe!

_ J'ose pas doubler... Surtout un camion. On est bien derrière, non? Et puis trouver la troisième et la quatrième le soir. Merci bien!

_ Bon, vous regardez, hein! Parce que, moi, je peux pas, non plus !... Ou je conduis ou je regarde les panneaux. Je peux pas tout faire!

_ Oui, oui, c'est la Centrale nucléaire... Mais je conduis. Et si ça explose, hop, zigouillées. Alors, moi, je file!

_ Hououou, ce voyage, ça me travaillait... Mais finalement, ça se fait!

_ Vous dites rien... Vous êtes fatiguées? Vous avez soif? Je peux mettre de la musique. Ça fait passer le temps quand la route est longue.

 

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06 novembre 2019

MES PETITS POISSONS

 

 

 

MES PETITS POISSONS

 

( Catherine seule en scène, un plastique chargé dans une main )

 


        C'était il y a trois ans, je rentrais d'un charmant voyage à Chypre, éblouie, le coeur plein de sensations, de réflexions, de souvenirs et le sac à dos rempli de jolis petits poissons de plâtre. Je les avais dégotés à l'heure de fermeture dans une abbaye ; Le vieux moine était bougon, le car m'attendait avec mes compagnons de voyage, j'ai insisté, je suis repartie avec mes poissons emballés, protégés. Comprenez bien : j'aurais pu vivre sans eux mais je ne voulais pas me reprocher de ne pas avoir respecté mon désir. C'est important d'affirmer son désir, de s'affirmer. J'avais mes poissons, j'étais fière, ils prendraient toute leur valeur dans ma salle de bains.

 

        Je vous la présente ma salle de bains : un coin douche légèrement surélevé pour l'écoulement, une baignoire, un lavabo, un coin placard, une belle fenêtre lumineuse, les murs recouverts de frisette que je rends étanche en la repeignant régulièrement avec un vernis marin. Voilà, c'est ma pièce, mon boudoir, ma " chambre-à-moi ". Mes petits poissons allaient s'ébattre sur les murs, ce serait magnifique, en un rien de temps et sans rien changer, ma salle de bains allait prendre un de ces coups de pep's !

 


        CE QUE JE NE SAVAIS PAS : LE COMPTE A REBOURS AVAIT COMMENCE.

 


        Cette frisette... Ça se faisait beaucoup il y a trente cinq ans... Elle est abîmée par endroits, près des robinets ... Un peu... Je pourrais reconsidérer mon point de vue... Mes petits poissons, il leur faut des murs lisses pour être bien mis en valeur. Alors je profite de la venue de mon frère qui ne fait pas dans la dentelle, pour arracher ces vieilles lattes et, hop, déchêterie. Exit la frisette ringarde, pourrie, démodée.

 

        Puis, mon gendre idéal vient gentiment reboucher les trous du mur, mais il hésite à encastrer, lui-même tuyaux et robinets.

 

        D'ailleurs cette robinetterie qui était cachée sous le bois, qui pendouille maintenant, entartrée, vieillie, moche, qui goutte un peu... Oui, je décide qu'elle a fait son temps. J'exécute illico une tournée dans les magasins appropriés et je m'extasie sur une superbe robinetterie ( douche, douchette, robinets ) couleur bronze. Là encore, ils seront valorisés, pour un rendu sans nul doute, magnifique.

 

        Au fil de mes pérégrinations et autres chines, je découvre sans idée derrière la tête, en me baladant, une sympathique vasque marocaine. J'admets que, il faut bien reconnaître... mon lavabo... Il est vieux... Il est blanc... Plus très blanc... Il est très commun... Il est... Super, cette vasque va se marier avec ma robinetterie de bronze et mes petits poissons. Ça va avoir une de ces gueules !

 

        Et voilà : lisser les murs, encastrer la plomberie, fixer la vasque. Y'a plus qu'à. Des tutos sur Internet. Si j'osais me lancer. Je n'ose pas, je ne sais pas faire.

 


        Mon gendre idéal vient à mon secours. Mon autre gendre idéal. Un collègue à lui, prof dans le bâtiment serait disponible dès maintenant pour de menus travaux. Certes, il doit terminer en même temps, deux chantiers entrepris cet été. On est le 15 août, chouette ! je fixe mes poissons au mur à la rentrée !

 

        Ce monsieur, donc, vient voir. Je lui explique sommairement :

 

  _   Bonjour M. Salvatore, moi, c'est Catherine. Trois fois rien... Pas pour longtemps... Lisser les murs...Refaire la plomberie... Encastrer la tuyauterie... Fixer la vasque ... Trois fois rien. Ça peut être très rapide, non ?
  _   ...

 

  _   Hein, M Salvatore ? Vous voyez ? Vous pensez avoir fini pour la rentrée ?

 

  _   ...

 

  _   ... La plomberie peut être... Il faudra quelqu'un...


  _   ( Rugissements ) Quand on est du métier, la plomberie, c'est pas bien sorcier.

 


  _  Dites-moi, cette porte vitrée là, c'est pas une porte de salle de bains, ça. Faudra voir à changer cette porte, il va falloir une porte pleine. Je vous ferai voir, j'ai des revues.


  _  Ah mais non, j'y tiens à ma porte vitrée, elle permet d'éclairer le couloir sombre ; on est dedans, on tire le store ; on sort, on le relève.


  _  Comme vous voulez, c'est vous qui voyez

 


Je ne veux pas vous embêter avec mes histoires mais voyez, quand on veut vraiment quelque chose, il faut se défendre, défendre son idée.

 


  _  Ce bac à douche, là, il est haut... Il est trop haut, c'est pas commode.


  _  Rôôôh UNE marche ! Oui, on l'avait fait comme ça pour l'écoulement...


  _  Vous ne pourrez pas lever la jambe indéfiniment. Non, je vais vous faire une douche à l'italienne, c'est ce qui se fait maintenant.


( Sachez, jeune homme, que je suis encore capable de monter des marches d'escalier, que ça ne m'a jamais pesé. Je n'ai jamais rechigné à lever la jambe hi hi ! )
Mais, là, je cède, il est du métier tout de même.

 


  _  Cette baignoire, elle est trop grande, c'est pas écologique, vous consommez trop d'eau, il faudra en choisir une plus petite, une baignoire-sabot si vous tenez vraiment à garder une baignoire. Vous me direz où vous voulez la mettre. Sans compter qu'on va gagner de la place. On pourrait la mettre là... Ou là... Ce qui permettrait, si on veut deux lavabos... 


  _   Ah mais non, je ne veux pas de deuxième lavabo, ça va très bien comme ça et je tiens à garder ma baignoire, j'en mets jusqu'à trois dedans, ça les calme, ils jouent, cette baignoire m'a évité des fessées et puis un bon bain après une rude journée, ça me détend. C'est la bonne taille de baignoire à la bonne place de la bonne baignoire. Ma bonne vieille baignoire.


Je ne vais quand même pas capituler à chaque fois.


  _  Comme vous voulez, c'est vous qui voyez

 


  _  Bon, pour l'interrupteur, il est trop haut, c'est pas pratique, je vais vous le mettre plus bas.


  _  Mais non, on touche à rien ; Mon interrupteur, il est très bien là où il est, je suis habituée.Enfin... comme vous voulez... l'interrupteur ici ou là, ça m'est égal.

Si ça l'amuse moi, ça me repose de ne pas lutter.

 


  _  La vasque, on la pose sur quoi ?


  _  Je ne sais pas, M. Salvatore. Je m'en fiche. J'ai pensé que vous, qui êtes du métier... C'est vous qui voyez. Hi hi.


  _  Z'inquiétez pas. J'ai des restes du plan de travail de ma cuisine, j'en découperai un bout.


  _  Ah... Mais, je voudrais voir... Euh... Voir avant si ça me convient...


  _  Z'inquiétez pas, vous allez aimer.

 


  _  C'est quoi cette robinetterie rétro ? Vous croyez qu'ils vont vous la reprendre, qu'on va pouvoir la changer ? Ça ne se fait plus du tout. Maintenant il y a des mitigeurs modernes. Ce qui se fait beaucoup...


  _  Cette robinetterie me sied à merveille, me plaît, je l'ai choisie, j'entends la garder.
Et toc ! Je ne vais pas renoncer à mon goût à chaque fois non plus !


  _  Mmmh.. qui voyez...

 


  _  Ça, ce mur, y'a des voisins derrière, il va falloir voir à vous mettre une isolation phonique.


  _  Mais c'est un mur porteur. Ça fait 35 ans qu'ils ne m'entendent pas prendre mon bain et je ne les entends pas non plus. Pas besoin. Je vous assure. Ecoutez, M. Salvatore, je n'ai pas besoin de travaux pharaoniques, je voudrais simplement préparer ma salle de bains à recevoir dignement une petite déco que j'ai rapportée de voyage.


C'est important d'imposer son point de vue mais parfois, je suis si lasse. Ce monsieur n'en fait qu'à sa tête ; Mais moi, je suis en droit de n'en faire qu'à la mienne !

 


  _  Alors, je vous ai pas demandé, la VMC, on va l'installer où ?


  _  La QUOI ? Non, je connais l'argument : ça dépense très peu, c'est pas bruyant ; Mais non. Moi, antinucléaire. Moi... Je... Non, pas de ça chez moi, pas de VMC chez moi, je m'en passe très bien. J'ouvrirai la fenêtre.


  _  ... L'humidité... Vous irez pas dire, après, que je vous ai pas prévenue...

 


  _  Pour le placo-plâtre, je vous dirai pour les mesures...


  _  Placo-plâtre ? Mais toute ma maison est doublée en briques, non, pas de placo chez moi. Avec le fer derrière... Et puis le plâtre n'est pas si respectueux de l'environnement...


  _  Non, trop cher, la brique, il faut mettre du placo. Je peux pas égaliser les murs, ils sont trop...C'est de l'art que vous me demandez, de l'art. Moi, je suis maçon. Il faut du placo pour l'aplomb, la maçonnerie c'est l'aplomb.


  _  Mais mes murs ne sont pas droits, il n'y a pas un seul angle droit dans cette maison et ça me va. Ça me va très bien.


Faiblesse, lâcheté, renoncement, je n'ose m'opposer plus longtemps. C'est gentil quand même, il est si soucieux de mon porte monnaie et moi si tête en l'air. Et puis, ces choses là, il sait, il est du métier. Reddition.
Je ne dors pas de la nuit.

 


  _  Vous me direz pour le carrelage mural.


  _  Quoi, quel carrelage mural ? Que nenni ! Je pourrais aller au Maroc pour les jolis zelliges ou au Portugal pour les azulejos décorés mais non pas de rival pour mes poissons, rien ne doit leur faire de l'ombre. Je veux des murs lisses. D'ailleurs, là, j'y pense, je verrais bien du béton ciré, j'ai vu des nouvelles textures qui sont imperméabilisantes. Oui du béton ciré hydrofuge.


  _  C'est pas assez étanche pour une salle d'eau. Vous irez pas dire que je vous ai pas prévenue.

 

  _  Et pour midi,vous avez prévu quoi , M. Salvatore ? On peut manger un bout ensemble ?


  _  C'est comme vous voyez.


Je ne savais pas encore que " manger un bout " impliquait apéro, café, pousse-café, re-café et palabres infinis avec force détails sur sa vie mâtinés de vantardise et de considérations philosophico-politiques sur la vie, l'amour, la mort,
ni qu'il rouspéterait quand le café n'est pas assez fort,
ni qu'il faudrait trouver un bureau de tabac ouvert,
ni qu'il aurait besoin d'une pharmacie pour la vitamine C,
ni qu'il me faudrait emprunter à un voisin une taloche et une truelle pour enduire le béton ciré.


  _  Salvatore, je voudrais savoir, parfois, chez un client, quand vous n'avez pas vos outils... Et si je n'en avais pas eu, de taloche ou de truelle, M. Salvatore, vous auriez fait comment ?


  _  Tout le monde à une taloche chez soi ! Et une truelle !


  _  ... ?

 


  _  Noir... Béton ciré noir ? Pour une salle de bains ? Vous avez pas trouvé autre chose ? Ils font d'autres teintes, vous savez.


  _  Oui, j'aime beaucoup, j'ai choisi noir. NOIR.


  _  Parce que, si vous voulez, vous pouvez aller changer l'autre pot et je passe la deuxième couche en blanc, je recouvre tout...


  _  Noir, j'aime bien, Salvatore. Ça me plaît. J'adore. J'A-DO-RE. C'est mon goût.
Je suis fatiguée, usée.

 _  ...
  _   ... Parce que, ni vu ni connu, si vous voulez, je recouvre tout ça en blanc, ça ne se verra pas...

 


Dans la douche, il casse mes jolies tomettes. Il pose un sol en faux carrelage beigeasse qu'il a rapporté de chez lui ( des restes d'un chantier ) .
Comme c'est délicat de sa part ! Sans même m'en parler avant. Mes tomettes. Mes belles tomettes.

  _  Quvs en pensez ?


  _  ... Mmmh...


  _  Hein, je vous avez dit que vous aimeriez.Je commence à vous connaître, Catherine!


Je souris.
Dors pas de la nuit.

 


        J'en avais marre. Je voulais revenir à Avant. Avant, pour pouvoir coller mes petits poissons sur ma vieille frisette toute moisie. Le Avant le placo plâtre. Avant la douche à l'italienne, avant le plan de travail de sa cuisine intégrée, avant les extraordinaires histoires de Salvatore en Sicile, Salvatore et sa femme qui n'a pas le permis, Salvatore et son fils qui entre en 6ième .

 


      A la rentrée des classes, ma salle de bains n'était pas terminée. Mais était ce encore MA salle de bains ? Mes poissons attendaient dans leur emballage.

Il s'engagea à venir les samedi-dimanche.

 


Le premier samedi, ( le dimanche, il n'est jamais venu ), à 11 h, je lui envoyai un SMS: " On s'est mal compris, vous ne venez pas aujourd'hui ? "
Réponse: " Y'a pas le feu "


  _  J'avais des trucs à faire pour ma femme, elle n'a pas le permis.


  _  Ce sera jamais fini. Vous faites 3 chantiers en même temps, vous le dites vous-même : vous êtes fatigué, vous m'aviez promis pour la rentrée. Vous êtes maçon , il vous manque toujours un outil...

  _  Oh, Catherine ! Elle s'énerve, Catherine. Allez, elle va nous servir un bon café !


Résignée, j'ai servi un bon café. Un peu fort, sinon...
J'avais compris que Salvatore avait été crée pour me sadiser et pour tester mon endurance.

 


  _  Là, faut que j'y aille, ma femme a pas le permis. Je vous laisse tout comme ça. Ça goutte un peu, vous verrez au niveau de la soudure du tuyau sous la baignoire, c'est pas grave, vous donnerez juste un coup de serpillière de temps en temps. J'arrangerai tout ça samedi.

 


  _  Allô, M. Salvatore, vous savez, la soudure... Les deux tuyaux sous la baignoire... Dimanche, y'avait de l'eau jusqu'au milieu de l'escalier. J'étais embêtée. Y'a fallu éponger, c'était pas très marrant. Heureusement, mon gendre    non, pas votre collègue, l'autre    mon gendre donc a pu joindre le père d'un copain, plombier à la retraite, qui a bien voulu me dépanner... Dimanche... 
Dimanche.
Ce que je veux dire, M. Salvatore, c'est que, il fallait le dire, vous n'êtes pas plombier, voilà, j'aurais demandé à quelqu'un pour la plomberie.


  _  Bon, ben, plus de peur que de mal. Il vous a dépanné, ce monsieur. Non, c'est ce que je vous disais, la plomberie, c'est pas sorcier.

 

Mais pour vous dire que ce n'est pas un ingrat, c'est qu'à force de boire la goutte après le repas, un beau jour, un beau samedi, il apporta sous le manteau un litre de gnôle de contrebande.


  _  Vous m'en direz des nouvelles.


Voyez, c'est pas un ingrat. 
  _  En effet, Salvatore, houlala, c'est fort, dîtes donc.

 Bon, c'est vrai je déteste ça, la gnôle, les alcools forts, ça me dégoûte.


  _  Vous commencez à badigeonner par le bas, Salvatore ?

  _  Oui, on commence toujours par le bas.


Ah, elles remontent les gouttes ? Je soupire. C'est lui qui est du métier, lui qui sait.

 


Mes poissons, mes poissons quand est ce... J'ai hâte, ça fait quand même 3 ans !

 


Samedi après samedi, la longue et épuisante bataille recommençait:
  _  J'ai tout nettoyé par terre, bien gratté, M. Salvatore, vous ferez gaffe .
Et il me redégueulassait tout. Non sans avoir longuement pris son café en racontant sa Sicile natale.

 


Bon, une semaine, je jugeai bon d'avancer, d'accélérer et je peignis les murs éloignés des points d'eau, n'ayant pas besoin d'être étanchéifiés par un produit.


  _  Mais vous êtes bien nerveuse, faut pas être pressée comme ça ! Paris ne s'est pas fait en un jour disait-il en sirotant son café. Mon café.

 


Je suis allée lui chercher des outils imprévus ou oubliés DANS UN MAGASIN DE BRICOLAGE UN SAMEDI APRÈS MIDI.


  _  Ça me fait gagner un temps fou que vous y alliez.


Moi, j'ai perdu ma belle jeunesse dans un magasin de bricolage tout un SAMEDI APRÈS MIDI. Mais ce n'est pas grave sans doute.
Moi, dans la peau du pigeon, de la pigeonne, je suis allée lui chercher ses clopes ! ( Je sais, je l'ai déjà dit )


  _  Ça m'évite d'arrêter ce que je suis en train de faire en plein milieu.


Euh et moi ?

 


  _  Ah Catherine, vous ne vous étonnerez pas, vous allez recevoir une rigole pour l'écoulement. Je l'ai commandé en Belgique, c'est nettement moins cher. Vous n'aurez qu'à payer en le recevant.


Je réceptionne l'objet, je paie la modique somme de je-ne-sais- plus-combien, je serre les dents. Jamais eu envie d'une rigole d'écoulement. M'en fous d'une rigole d'écoulement.
  _  Salvatore, je voulais vous dire, pour la rigole de Belgique là, c'était vraiment utile ?


  _  Ben, c'est pour l'écoulement ; si vous ne vouliez pas, fallait le dire, on aurait laissé la douche surélevée comme avant !

 


Mes poissons... C'est quand ? Quand ?

 


Une copine qui passe :
  _  Alors ? Tes poissons ?Tu as enfin pu les poser ?
  _  Tu sais, il est méticuleux, il fait ça bien, c'est un professionnel.
Je suis pas pressée.
Paris ne s'est pas fait en un jour.
Y'a pas le feu.

 


  _  Allô, Salvatore, je voulais vous dire... Ça fait plus d'un mois maintenant qu'on se douche dehors au jet d'eau. Non, c'est vrai, il fait une belle arrière saison, on n'a pas froid mais ce serait bien d'avoir l'eau dans la salle de bains maintenant. Je reçois trois pèlerins cette semaine, j'aimerais bien qu'ils aient au moins la douche. Samedi prochain ? S'il vous plaît .
Ce samedi, il vient à 11 h, le repas s'éternise ( sa vie est si dense, la Sicile, sa femme n'a pas le permis ), il repart à 16 h ( son fils entre en 6ième ).


  _  Ah pour l'eau, j'ai pas bien eu le temps aujourd'hui.

 

Chercher ses clopes. Non, mais encore une nouvelle fois.

 


  _  Là, alors, elle vous plaît la douche à l'italienne ? C'est bien comme vous vouliez ?


J'aimais bien ma douche un peu surélevée, elle était à mon goût.

  _  La glace au-dessus de la vasque, je vous la fixe horizontale ? Verticale ?

  _  Euh, comme avant, à l'horizontal, c'était très bien. 

 


 

_  Regardez : allumez, éteignez, allez-y, allumez, voyez, ça marche l'électricité ; Ça va ? Vous avez pas l'air contente ?


Ben si, si. Ça marchait aussi avant, la lumière. Si, contente que ce soit bientôt fini.

 

 

Samedi suivant, il vient avec une planche de stratifié avec du plastique : son plan de travail. Je souris. C'est gentil.
Plastoc, immonde, synthétique, vénilia, mélaminé, stratifié.
Nausée. Je ne dors pas de la nuit.

 


 

 

        Sachez que toutes ces péripéties n'ont en rien gâché mon plaisir. Parfois j'y repense et puis j'oublie. De ce fait, mes petits poissons frétillent de tout leur charme sur le mur au-dessus de la baignoire et c'est ce que je voulais, exactement ce que je souhaitais, j'ai su écouter mon envie ; c'est du plus heureux effet, et moi aussi je frétille d'aise. Si je vous ai barbé à vous raconter ma vie, c'est que je voulais souligner combien il est important de S'E-COU-TER, de se RE-SPE-CTER. Il faut SOU-TE-NIR son désir. En banalisant son envie, c'est soi-même qu'on nie. J'ai fait mienne la devise de Lacan: " Le sujet n'est coupable que d'avoir cédé sur son désir "

 

 

_  Pour la glace, je l'ai fixée verticalement, vous verrez, c'est mieux.

 

  _  ... er   ci     ...alvatore

 

 

 

 

 

 

 

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22 août 2019

DU COUP

      Ce soir, j'ai envie de vous parler de quelque chose qui me préoccupe.  De vous alerter plutôt.  C'est arrivé il y a dix ans, cinq ans, deux ans, je ne saurais dire tant c'est insidieux: un tic de langage qui a détrôné les " c'est clair ", les " voilà " et qui a appauvri notre langue.  Je sais pas vous, en ce qui me concerne, je ne peux PLUS supporter l'expression " DU COUP ". On l'entend partout, tout le temps; le langage s'est rétréci, la pensée aussi.

       Au début, ce n'était que les petits jeunes qui l'utilisaient: " T'es pas allé à l'anniv' de Marius ? T'as pas pu voir Louise DU COUP ? " Puis ça s'est propagé hypocritement comme une maladie contagieuse. Les parents, les commerçants, les très jeunes enfants, la voisine, les amis, les copains, surtout les profs, les infos, la TV ,tout le monde, partout. Et plusieurs fois par phrase !


      Je craque, ça m'énerve, je supporte pluuuus, arrêteeeezzz ! Les hommes, les femmes, les autres, toutes les tranches d'âge, toutes les catégories socio-professionnelles, toutes les sphères de la société, tout le monde dit DU COUP.

 

 

Que doivent penser les étrangers ? Je connais un jeune allemand, bilingue, qui s'y est mis : Il dit " DU COUP " à tout bout de champ et se sent plus à l'aise quand il parle français.

 A Montréal, j'ai pu le constater, ce " DU COUP " caractérise les français. C'est comme le " une fois " des belges.

Des exemples ? J'en ai à foison; vous aussi, bien sûr :

_   Des olives piquantes ou pas ? Je vous en mets 100 grammes de chaque, DU COUP?

_  DU COUP, j'sais pas

_   J'ai pris des heures, DU COUP, je peux venir chercher ma fille vers 5 heures

_   Le matin, il fait un peu frais, DU COUP, on ne sait plus comment s'habiller


_   Avec  Parcoursup, bravo! , DU COUP, je n'aurai plus de copies du bac à corriger ! DU COUP, je sais pas si j'aurai l'argent pour partir en vacances DU COUP !

_   Il est vegan, DU COUP, je ne sais pas quoi lui faire à manger.

 _  Ma petite fille m'a raconté une anecdote de quelques minutes: elle a dit dix-neuf fois DU COUP ! Oui, j'en viens à les compter,  cette forme me déconcentre et m'empêche d'entendre le fond. Je deviens obsédée

Parfois, c'est utilisé en début de phrase:

 _  DU COUP, on va chez toi ?

Les exemples sont infinis. Il vous en vient certainement. 

Ca sévit surtout à l'oral, la presse écrite ne semble pas encore trop touchée tandis que les journalistes de radio et de TV ! ... : 

JT du 8 mai: " Au son de la Marseillaise, le président, également chef des armées, a passé les troupes en revue puis il a déposé une gerbe devant la tombe du Soldat Inconnu sous l'Arc de Triomphe. DU COUP, on a pu voir que le monument qui avait été saccagé en marge d'une manifestation des Gilets Jaunes le 1ier décembre dernier avait été totalement restauré ".
Bon, de la part de BFM, BlaBla Fouille Merde, ça ne m'étonne pas, ils ne parlent pas correctement. Parce que, oui, c'est une incorrection. " DU COUP " s'est imposé et,  on n'utilise plus de locutions adverbiales ou de locutions DU COUP. ( petit silence ) Qu'est ce que je viens de dire ? J'ai pas dit DU COUP, là ? Non mais ça va pas ! Ca m'a échappé.


      Et la journaliste qui interviewe François Bayrou à 8 heures du matin: " Quand vous avez du démissionner de votre poste de Ministre, la vie politique à la tête de l'Etat ne vous a pas manqué, DU COUP ?  "

C'est quoi ce " DU COUP " qui finissait sa phrase ? En quoi est ce utile de rajouter DU COUP ? Elle aurait pas pu finir par " ne vous a pas manqué " ? On aurait saisi, on n'est pas idiots. Y'a pas besoin d'être grand clerc pour comprendre l'articulation logique entre:
1) le fait de ne plus faire partie du gouvernement

et


2) le manque que ça a peut occasionner à cause de l'adrénaline qui va de pair avec l'exercice du pouvoir. D'où la légitimité de la question.

Elle est contaminée elle aussi ? Ou bien alors, elle s'est dit : " Bon, allez, je rajoute " DU COUP ", comme ça, ça fait d'jeun's et je gagne des points d'audimat "

Je me demande, moi... A quoi a t elle obéi ? Était ce conscient ? Est ce que ça lui a échappé ? Est elle contaminée ?
C'est sur ce point de rupture que je m'interroge.


      Qu'est ce qui fait qu'une expression rejetée par l'Académie française, honnie par l'élite, finit par gagner toutes les couches de la société ? En face d'un chanteur à minettes, M'Pokora, je peux comprendre, elle se met à son niveau. Mais  face à Bayrou ! L'agrégé de lettres classiques si soucieux et respectueux de la langue française !
DU COUP... Zut! ça fait déjà deux fois que... si je suis moi-même contaminée, je m'avoue vaincue !


Donc disais je, ce " DU COUP,"  est ce pour montrer à sa direction qu'elle ne craint pas les dinosaures de la politique et qu'elle ose les ébouriffer? Son " DU COUP " sert il à valoriser son impertinence ? C'est une stratégie payante, DU COUP ! ... QUOI ? HORREUR ET DAMNATION QU'AI JE DIT LA ? SERAIS JE CONTAMINÉE, MOI AUSSI, je suis polluée ?


      Et même, j'ai allumé la radio, j'ai entendu Michel Onfray qui parlait de Bachelard: " Ce qu'il met en évidence, c'est que l'esprit qui veut faire oeuvre de science ne doit pas seulement affronter des obstacles extérieurs mais aussi des obstacles qui viennent de nous. DU COUP, pour acquérir l'esprit scientifique, il nous faut avant de vaincre la nature, lutter contre nous-mêmes." Là, j'ai failli m'évanouir... Non, pas lui, pas Michel Onfray !

Puis je me suis ressaisie. Bon, Michel Onfray, je peux comprendre: certes, c'est un brillant philosophe mais il a crée une université populaire, il parle à la radio, il veut être près des gens DU COUP !      QU'EST CE QUI M'ARRIVE ? QU'EST CE QUE JE DIS, MOI ? L'EFFROI ME SAISIT Soit !


Selon l'Académie, on  peut dire " DU COUP " seulement dans le sens de aussitôt. Alors, que reste t il ?
Qui jamais ne franchira le cap ?
Quel garant de la langue ?
Quel académicien ou académicienne ?
Je ne peux imaginer Hélène Carrère d'Encausse, Giscard ou Modiano dire  " DU COUP "


D'Ormesson, peut être aurait pû... Un clin d'oeil à la jeunesse pour montrer qu'il n'était pas pédant...

Ou Philippe Sollers...

Ou Pivot pour les mêmes raisons...

Ou Marguerite Duras dans un souci de reproduire le langage parlé...

Ou Hubert Reeves dans un souci de pédagogie...

Alors: J'ACCUSE !


Moi, je dis: " Ce sont eux les grands coupables "
Ce sont eux à l'origine de ce glissement, de cette paresse du langage.
Ce sont eux, les soi disant gardiens de la langue, eux qui font entrer les barbarismes dans le dictionnaire.
Je mets en cause la faiblesse, l'indulgence, le parti pris pour l'évolution de la langue qui parcourt les rangs des Académiciens et finissent par faire en sorte que le pire y soit toléré
Tout ça parce que ces vieux messieurs veulent paraître branchés, voilà comment ils finissent par affaiblir la langue 1000 ans de rayonnement culturel pour en arriver à ça, cette réduction : " DU COUP ", " DU COUP ", " DU COUP ".


      Mais je sais qu'il existe des scrupuleux, des respectueux de la langue, des incorruptibles qui n'accepteront jamais de céder au plus grand nombre
Une Dominique Bona, un Claude Hagége, un Jérôme Garcin, un François Busnel... Alors Mesdames, Messieurs, c'est à vous que j'en appelle: Pitié ! Pitié ! Continuez à vous distinguer par votre grandeur ! Ne cédez jamais à cette facilité !
Soyez toujours des références vivantes !
Dans ce monde incertain, nous n'avons jamais eu autant besoin de vous ( elle se lève )


      Vous serez, alors, les seuls à mériter le nom d'Immortels DU COUP! Aaaaaaaaaah Qu'ai-je dit ? Je me meurs Au secours A l'aide, je suis contaminée, je suis infectée ! Pitié Je suis impure ! Aaaaaaaaah  C'est donc inévitable !

Je voulais dire ( Pin Pon Pin Pon une ambulance arrive, des infirmiers l'emmène avec un brancard )
Donc      Finalement      Évidemment      Nécessairement      Par conséquent                   A la suite de quoi      De ce fait      Dans ces conditions      Dés lors      Au final      En fin de compte      A donc      conséquemment      Subséquemment      Par suite      Pour ainsi dire

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11 juin 2019

CHENAPAN POTEAU

     Ma petite fille me demande quelle est ma couleur préférée, j'entre dans de grandes zexplications: " Tu sais, les couleurs, elles sont toutes belles, c'est l'harmonie qui compte. Tu pourrais dire quel est ton camaïeu préféré ?... " En vérité, j'adore le vert-de-gris, c'est ma couleur préférée. C'est beau, c'est ni bleu, ni gris, ni vert, c'est l'oxydation du cuivre, ça a vécu, j'adore...

 

    Mais je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça... N'allez pas croire que je n'aime QUE le vert-de-gris. Une copine est venue me voir avec un plateau de fruits rouges, des groseilles, des fraises, des framboises, des cerises sur un fond de feuilles de vigne. Magnifique. Beau à pleurer. Bon.

 

     Une dictature... Une dictature de l'Ecologie. Y'a que ça qui marchera, qui devra s'imposer. Vous croyez, vous, que tout le monde a envie de décroître ? Même pour une noble cause: Pour qu'on ne grille pas, qu'on ne suffoque pas, que ça ne s'arrête pas là.

 

     Parce que, hop, on signe une pétition sur Internet, on est content, on a fait un geste. C'est ça la démocratie maintenant. Urgence, il faut IM-PO-SER, on expliquera après. On a bien imposé la loi contre la peine de mort. Ca marche.

 

     Mais je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça. Ah si, ah oui. Le foot féminin, l'équipe de foot féminine olympique, les bleues, grande victoire du féminisme, ayé, on y est, le féminisme, après des années de lutte a gagné. Et ben, non. Un long chemin pour que les femmes soient autorisées à aussi jouer au foot, s'autorisent et, paf !, ça sert à rien, y'a plus de genre, y'a plus des hommes, y'a plus des femmes, on peut changer, on peut être les deux : Plus de genre, plus de féminisme. On a le droit. Chaque fois qu'on pense un progrés, on est dépassé par un concept qu'on n'imaginait pas et qui attendait son heure pour s'épanouir

 

Et il faut que je vous dise aussi

J'ai vu une pièce de théâtre formidable de Joêl Pommerat " Ca ira "sur la création de l'Assemblée Nationale ". Comme ce fut long, ardu, compliqué de changer de paradigme ! Comment concevoir que ce n'est plus Louis de droit divin qui décide et tranche mais que, dorénavant, c'est le peuple. Incroyable ! Encore maintenant, on voudrait que ce soit un seul homme providentiel qui décide, on vote pour un personnage et pas pour une équipe.

 

     Mais je vous dis tout ça, en fait, ma question du moment c'est; j'achète ou j'achète pas un vélo électrique ? Un vélo nucléaire. Pour aider, en attendant. Que ça ne se réchauffe pas si vite. Mais on ne sait toujours pas quoi faire des déchêts nucléaires... J'achète ou j'achète pas ?

 

     Je reviens du Québec. A Montréal, ils sont pro-tout. Rien ne les heurte. C'est un axiome de base. Un couple de pédés, une burka, un obèse, un trans, des cheveux verts, rien n'est choquant, ça ne se discute pas, on accepte. Dictature de l'acceptation de tout. Voyez, moi qui suis anticléricale primaire, le clocher de mon village m'est familier, sympathique mais si s'élevait un minaret!...J'aimerais pas trop ! Oui, par ici, on a du mal avec les nouvelles culture dans notre vieux pays. On peut pas porter un voile, un kippa, un grigri vaudou. Un tee shirt à l'éffigie de Ronaldo, ce chenapan, ça oui, on a le droit

 

     Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça.

 

     Bon, c'est quand qu'on arrive ? C'est quand le régne d'un monde en paix, bio, beau, créatif, tout ça Dictature de l'Ecologie

 

     L'autre jour, après avoir vu le film " la Chute " dans lequel Mme Goebbels donne la mort à ses six enfants, la scène est très longue ), bouleversée, j'ai fait un cauchemar... oh mais je ne veux pas vous raconter ma vie, je ne veux pas vous embêter avec ça

 

     Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça...

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 janvier 2019

GILET CROCODILE: 24 HEURES DE LA VIE D'UN HOMME

Je n'ouvre pas souvent la porte du placard de ma chambre ; c'est que, souvent, pas tout le temps, il y a le crocodile.

Il me regarde.

Avec ses yeux.

Ce matin, je me suis levé parce que c'est le matin. J'ai mis les pantoufles. Les pieds, les deux pieds, parce que par terre, ça fait froid et il ne faut pas marcher pieds nus.

 

 

J'ai enfilé les habits posés sur la chaise, mais pas ceux d'hier, ceux d'hier il faut les mettre dans le sac bleu.

Quand c'est l'hiver, il faut mettre un pull ; Je mets le gilet que maman m'a tricoté, il pique pas.  Eh ben,  la Dame, elle dit " Oh, vous ressemblez à rien ".

Mais c'est pas rien ; en fait, c'est moi !

Elle dit que je fume trop. Je fume quand même !

Je mets la poudre de café, la poudre de sucre, la poudre de lait, l'eau chaude du robinet, je tourne avec la cuillère, je tourne et des fois, des fois, ça m'énerve ! Et aussi du beurre sur les biscottes, elles sont toutes cassées avec des morceaux parce que le beurre c'est trop dur ! Après je fume une petite cigarette sur la chaise  pour me reposer et j'attends l'heure de la Dame et elle entre et des fois c'est une autre  je la connais pas, c'est une nouvelle, une stagiaire, et des fois, elle m'apporte un gâteau c'est gentil fallait pas !

Elle dit " Alors comment ça va aujourd'hui ", je dis " ça va " ; Elle ouvre la fenêtre, elle parle, elle fait le lit, je lève les pieds quand elle lave par terre, elle parle tout le temps et c'est fatigant de la voir laver par terre, c'est fatigant ! et je fume une petite cigarette sur la chaise. Elle dit que je fume trop !

Il y a le bruit dans les tuyaux. Je l'entends.

Hier, elle a dit " Il faut changer d'heure " et je suis monté sur la chaise     pour l'horloge     pour changer les aiguilles      de l'heure     et elle a dit  " Vous allez vous casser la figure " mais je ne veux pas du tout casser ma figure, je veux changer les aiguilles de l'horloge pour changer l'heure ! 

Elle parle tout le temps.

 Quand elle fait le lit, elle dit " Faut pas dormir avec votre gros oreiller, vous allez être bossu et vous ne pourrez jamais vous marier à une jolie petite femme sympa. " 

 Mais, moi, je n'aime pas tellement me marier !

Quand je vais chez le coiffeur, elle dit: " Vous avez une autre allure ".

 Mais je n'aime pas tellement en avoir une autre !

 Quelques fois le bruit dans les tuyaux, il est pas tellement fort.

 Après, il recommence à être fort.

 Elle ouvre la porte du placard de ma chambre, elle dit " Vous vous faites des idées, regardez ! Y'a rien du tout dans ce placard ".

 Mais, forcément, c'est normal : Elle ouvre la porte du placard quand y'a PAS le crocodile !

Le mercredi quand j'ai ma pension, elle dit " Vous n'allez pas y aller comme ça " et je mets un autre  tee shirt et on va au Leader dans sa voiture. Même quand c'est une autre que je connais pas tellement. Elle dit " Vous n'allez pas sortir comme ça " et je change de tee shirt et on va au Leader.

Au Leader, j'achète des choses pour mettre dans le caddy : des pâtes, du sopalin quand il n'y en a plus, des vaches qui rient, des raviolis, du cassoulet, de la bière, tout ce qu'il faut, du savon rose qui sent bon. Elle dit : " Faut pas manger que des conserves! ". Moi, j'aime bien.

Je fume une petite cigarette sur la chaise pendant qu'elle range les courses, elle dit qu'il ne faut pas manger que des conserves mais moi, j'aime bien ! Et puis je dis " au revoir, à demain " et j'attends l'heure de manger et je mange du cassoulet ! Après, je vais dormir un peu, c'est les médicaments.

Il y a les jours où l'infirmière vient pour ma piqûre, c'est pour me calmer; elle souffle fort, elle dit " Alors comment ça va depuis la dernière fois ? ", je dis " Ca va " . Quelques fois, c'est pas la même. Elle ouvre la fenêtre aussi.

J'écoute le bruit dans les tuyaux.

Aujourd'hui, la Dame n'est pas venue et une autre non plus. Elle a dit au téléphone: " Je ne peux pas venir aujourd'hui, les gosses sont malades je suis coincée avec les jumeaux ". Elle a dit : " Ca va aller? ", j'ai dit : " Ca va "

... Coincée... Coincée entre les jumeaux...? ...

 

 

 

 

Je peux faire plein de choses:

Je peux aller chercher le pain. Si c'est pas le dimanche ou le lundi.

Je peux aller chercher les cigarettes. Si c'est pas le dimanche ou le mardi.

Il faut prendre le courrier, les pubs, en remontant.

Pas quand c'est le dimanche.

Si je veux, je regarde la télévision  ou bien je fume des cigarettes ou je regarde par la fenêtre , je peux compter les voitures sur le parking.

 

 

Le bruit dans les tuyaux.

 

J'ai compté toutes mes fourchettes.

Même celles en plastique qui cassent.

J'ai compté les petites cuillères.

Après, j'ai compté les grosses cuillères.

J'ai compté les olives sur la toile cirée et les carreaux, par terre, les bleus, pas les blancs.

Des blancs, y'en a moins !

Après c'était le soir. 

J'ai attendu l'heure de manger.

Quand c'était l'heure, j'ai mangé du cassoulet. Les restes de midi. Avec des chips.

J'ai pris  les médicaments, c'est pour dormir.

J'attends un peu tranquillement, je fume une cigarette sur la chaise, j'attends l'heure de dormir;

Elle dit: " Il faut bien  penser à éteindre dans la cuisine ".

Elle dit : "C'est dangereux de fumer au lit ".

Demain matin, ce sera le matin, je mettrai pas les pantoufles, j'allumerai dans la cuisine et je fumerai une cigarette.

 

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13 décembre 2018

ALBATROS ET SUCETTE

   Bonsoir et bienvenue

   Vous êtes sur votre chaîne Blabla Fouille Merde, votre émission" Les amis de l'info ". 24 h sur 24, merci d'être avec nous, 

   Une information de toute dernière minute, nous apprenons à l'instant que le petit village côtier de Saint-Pouët-Pouët vient de connaître un incident : un oiseau dont on ignore encore les motivations, aurait plongé sur un individu pour lui subtiliser brutalement sa sucette ; l' information reste à confirmer. J'appelle tout de suite notre envoyé spécial, Laurent. Laurent ?

  _  Laurent, bonjour...

  _  ?...

  _  ... Bonjour Laurène. Oui, eh bien, l'information  dont on ignore encore les modalités est toute récente, il convient donc de prendre certaines précautions  mais, d'ores et déjà, nous avons établi certains éléments : il était environ 17 h, ce soir, sur la voie publique en fin d'après-midi, un oiseau, non encore identifié a plongé sur un individu le laissant en état de choc. S'agit-il d'une mouette, d'un cormoran, les spécialistes sont actuellement sur le terrain; nous en saurons davantage un peu plus tard.

Ici, Laurent à Saint-Pouët-Pouêt, Laurène, je vous repasse l'antenne.

  _ Alors, est ce le signe d'une insurrection ? Nous gardons en tête le film de Hitchcock, " les Oiseaux " dans lequel, de manière inexpliquée, les oiseaux se soulèvent et attaquent les habitants. Jean-François, notre spécialiste-cinéma, Jean-François, nous explique

  _ Jean-François, bonjour...

  _  Bonjour Laurène.

  _  ( scolaire ) Après le succès de " Psychose " en 1962, Hitchcock cherchait une idée de thriller; La nouvelle de daphné du Maurier lui apparut suffisamment insolite. Souvenez-vous, le soulèvement est l'oeuvre de moineaux, corneilles, goélands; à Saint-Pouët-Pouët, en revanche, l'espèce est encore mal identifiée. L'action se situe, à une tout autre époque en Californie mais il y a à l'identique, un petit port de pêche. Dans le film, on voit des rassemblements d'oiseaux : des poules qui refusent de manger, d'extraordinaires nuées de moineaux qui piaillent, des corneilles qui guettent les passantes, Hitchcok met en scène une révolte collective ; dans le cadre de Saint-Pouët- Pouët, l'oiseau aura effectué une chorégraphie qui, pour l'instant, reste individuelle. La dramaturgie est toute autre.

  _  Alors, Jean-François, peut on craindre, dans un avenir proche, une attaque collective à l'instar du film ?

  _  Eh bien, Laurène, il est encore trop tôt pour le préciser, attendons la suite des évènements.

  _   Merci Jean-François.

  _  Nous savons maintenant que la victime était mineure au moment des faits. Nous avons à l'écran notre stagiaire Ludovic qui vient de recueillir à chaud les réactions de quelques pouët-pouëtains et pouët-pouëtaines

  _  Ludovic, bonjour...

 

  _  ... Bonjour Laurène... enfin, pour être plus précis, Bonsoir ( ricanements )... Je suis sur la rade de Saint-Pouët-Pouët, à l'endroit même où s'est déroulé le drame ; le bouclage du quartier a été levé, j'ai pu me rendre auprès  des pouët-pouëtains dont certains ont été les témoins directs du drame:

 

 

  _  Ben, moi je dis, ça aurait pu être grave...

  _  Il était dans la même classe que mon petit.

  _  Et puis, on sait ce que c'est hein ! Ça commence par les sucette ...

  _  Avant, on en voyait des vols entiers de moineaux des vols entiers... Ils n'auraient pas eu l'idée d'attaquer à l'époque! 

  _  Je le connaissais bien, le petit... Je ne peux pas y croire... Ici, dans mon village... Qui aurait pu dire ?...

  _  Moi, je dis: c'est le réchauffement climatique, ça les rend pas normaux...

  _  Ça fait un choc... Ça aurait pu arriver à mes enfants... Avec tout ce qui se passe, on n'est plus en sécurité nulle part

  _  Moi, je le plains... Je l'ai encore vu hier, tout ce que je peux dire c'est qu'hier il avait une glace à la vanille... Moi ce que j'en dis... 

  _  Qu'est-ce qui se passe ? Un moineau ? Où ça ?  Avec une sucette ? Une sucette à quoi ? J'aime pas à la menthe ! Ca pique !

 

 

  _  Voilà, Laurène, quelques réactions glanées dans le périmètre ; voyez, Laurène, ici, l'émotion est palpable.

 

  _  Merci Ludovic pour cet aperçu glaçant. Une réalité  sordide qui restera dans les consciences. J'appelle à nouveau, Laurent, notre enquêteur. Il reste encore beaucoup de zones d'ombre, Laurent, où en sommes nous ?

  _  Laurent ?...

  _  ...

  _  Eh bien oui, Laurène, d'après les constatations de police il s'agirait d'un enfant, un jeune enfant d'environ 10 ans, brun, châtain, de taille moyenne, de type caucasien, un pouët-pouëtain, d'origine pouët-pouëtaine, un pouët-pouëtain de souche locale. Je vous rappelle les faits : un enfant, jeune, nous le savons maintenant, a été sauvagement agressé vers 19 h par un oiseau venu du ciel. Les habitants de Saint-Pouët-Pouët sont plongés, à l'heure où je vous parle, dans un état de sidération . Des parents inquiets arpentent le quartier. Certains sont venus déposer des fleurs, des bougies...

   _  .... le soir est tombé maintenant,  comme vous pouvez le voir, Laurène : des bougies ont été disposées au sol... quelques bouquets ... C'est ici, sur les lieux mêmes de l'attentat que nous vous offrons, en direct ces images de consternation collective à Saint-Pouët-Pouët.

  _  Merci Laurent.

  _  Sur le plateau, avec nous pour nous éclairer, le pédo-psychiatre Antoine Haribo

  _  Docteur Haribo, bonsoir...

  _  Bonsoir...

  _  Docteur Haribo

  _  Bonsoir Madame, 

  _  Bonsoir Docteur. Docteur Haribo, que pensez vous de cet enfant de 10 ans mangeant une sucette, la nuit, dans les rues de Saint-Pouët-Pouët, cet enfant, sans parents, sans protection, seul, dans le désert rural de cette France périphérique sans gilet jaune

  _  ( docte ) Oui, je vous rappelle que nous sommes en hiver, que, par conséquent, à 17 h la nuit est tombée;

  _  ...

  _  ... Nous savons déjà  que notre époque dicte tacitement pour les enfants l'interdit de couvre feu, qui, dans ce cas d'espèce n'est pas respecté. Nous sommes donc devant un cas d'abandon. Ce mineur a obtenu malgré tout de l'objet-sucette une forme de réassurance. Il a dû subir une attaque de terreur-panique que seul l'objet-sucette aura  apaisé par sa forme phallique qui représentait en l'espèce, le père protecteur loin de la cavité utérine. L'imaginaire d'un enfant abandonnique le renvoie toujours à sa solitude. On ignore dans quel état d'esprit il allait rejoindre la demeure familiale, le supposé cocon. Laissons les enquêteurs faire toute la lumière sur les circonstances exactes mais, en toutes hypothèses, il y a carence parentale ; cet enfant a dû faire face à l'angoisse pour apprivoiser la perte de l'objet. Le de syndrome d'abandon est patent.

  _ Merci, merci de votre décryptage, Docteur Haribo; vous êtes, je le rappelle, pédo psychiatre, l'auteur  de " le Moi, la sucette et la chaussette ", aux éditions du Ça

  _ Vous êtes toujours en direct avec nous sur Blabla Fouille Merde. Nous suivons pour vous le déroulé de l'affaire dite de la sucette de Saint-Pouët-Pouët.Bref rappel des faits : C'est aux alentours de 21 h, dans le petit port de Saint-Pouët-Pouët qu'un très jeune enfant en possession d'une sucette hélicoïdale bicolore, s'est fait agresser et violemment déposséder.

Et, avec nous, pour parler des oiseaux, M. le professeur Voletrèshaut, docteur en éthologie, spécialiste des oiseaux de mer... 

  _ Docteur Voletrèshaut, bonjour...

  _  Bonjour.

  _  Alors, Docteur, à l'instant le coupable a été identifié. Il s'agit d'un albatros ; Un albatros de type blanc, aux pattes palmées, de taille moyenne. Pouvez nous nous éclairer d'avantage ? Professeur Voletrèshaut, pour être précis, quel est le profil de l'albatros ?, quel est son comportement habituel ? Est-il connu pour être agressif?

  _  " Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage prennent des albatros, vastes oiseaux des mers "...

  _  Euh... M. Voletrèshaut, nous aimerions connaître les habitudes, le niveau de dangerosité de l'albatros...

  _   ( de plus en plus vite, il s'enflamme ) Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le diomédéidé est un volatile, Il a les ailes très longues et un bec crochu, long, épais avec des narines tubulaires. Il se nourrit de poissons...

  _ Oui, de poissons justement, alors, Docteur, pourquoi une sucette ?...

  _  Notre albatros fait des aller-retours, voyez vous, Il gagne de l'énergie cinétique en volant en vent arrière au-dessus de la vague, Il fait demi-tour et longe sous la crête où Il avance face au vent réduit, Il fait une chandelle, Il remonte au-dessus de la crête où sa vitesse air augmente et, par conséquent, Il peut convertir cette vitesse air supplémentaire en énergie cinétique en faisant demi-tour en vent arrière.

  _  Docteur Voletrèshaut?...Est ce...

  _  Il faut bien savoir que la durée d'un cycle de vol est de l'ordre de 15 secondes, Il s'élève à 15 mètres au-dessus de l'eau et sa vitesse maximale atteint de 30 m/s. Au cours de nos mesures l'albatros a parcouru 4800 km pendant 6 jours, soit un déplacement moyen de 800 km par jour soit une vitesse moyenne de 20 noeuds soit 33 km/h 

  _ M. Voletrèshaut, nous aimerions savoir, oui, ce que veulent savoir tous nos concitoyens, c'est: sommes nous en train d'assister à une mutation, une perturbation du comportement de l'albatros, peut-on raisonnablement penser que l'albatros soit subitement devenu un prédateur de l'espèce humaine ?

  _  Ce qu'il faut bien comprendre, le bec est grand et fort, la mandibule supérieure se termine en crochet. Sur les bords du bec, les fameuses narines tubulaires qui ont donné leur nom à la famille. Cependant, et nous devons bien le comprendre, l'albatros est le seul à posséderces narines tubulaires le long du bec, les autres espèces les ont sur le sommet du bec. Des tubes qui lui permettent d'avoir un odorat très développé et ainsi de localiser plus facilement les zones de nourriture dans l'IMMENSITE des océans.

  _  Oui, nourriture, alors, Docteur, nourriture...

  _   Après la reproduction, et c'est important de bien le comprendre, Il entreprend un voyage circumpolaire. Afin d'éviter la compétition, les différentes espèces se répartissent selon plusieurs niches, l'albatros hurleur par exemple ne se nourrit que dans des eaux dont la profondeur dépasse 1000 mètres.

  _  Docteur, ses ailes, ses ailes immenses, peuvent laisser penser à un sentiment de toute puissance exacerbée, en cela...

  _  Nous devons savoir qu'Il n'atteindra la maturité sexuelle qu'à 5 ans, mais ne commencera à se reproduire que quelques années plus tard ( parfois même à 10 ans). Les jeunes non reproducteurs passent beaucoup de temps à pratiquer les complexes rituels amoureux et notamment les danses. Le répertoire des comportements de parade comprend l'épouillage, les claquements du bec et des cris spécifiques.

  _  Peut-être, Docteur, un comparatif avec la mouette qui nous est plus familière ?......

  _  Quand Il revient à sa colonie, Il danse avec de nombreux partenaires mais au fil du temps le nombre de partenaires va diminuer jusqu'à ce qu'un seul soit choisi et le couple formé. Les deux oiseaux vont alors développer leurs propres cris et moyens de reconnaissance. La parade amoureuse peut durer un bon quart d'heure, avec une chorégraphie fort complexe.

  _  En résumé, Herr Docteur, voulait-il, cet albatros, manger, la sucette de cet enfant innocent ?

  _  Plus les couples se fréquentent, plus ils harmonisent leurs gestes au fil des années. On pense que les albatros utilisent ces rituels complexes et élaborés pour être sûrs de choisir le bon partenaire et pouvoir le reconnaître puisque la ponte de l'œuf et l'élevage du poussin sont très longs et difficiles. Il faut savoir que le "divorce" d'un couple n'intervient qu'en cas d'échecs de reproduction répétés.

   _  Professeur..  Docteur... Monseigneur, un mot peut être... La dangerosité de l'albatros ?

  _  " Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule 

      Ses ailes de géant l’empêchent de marcher "...

_  Je vous interromps. Merci, merci, M. Voletrèshaut,  merci, je vous le rappelle, docteur en éthologie, spécialiste des albatros.

  _  C'est donc dans le village portuaire de Saint-Pouët-Pouët qu'ont eu lieu les événements, il était aux environs de minuit, un oiseau, identifié depuis peu comme un albatros de type blanc s'est dangereusement abattu sur un enfant sans défense, lui subtilisant sa sucette. Le petit port de Saint-Pouët-Pouët est  situé en bord de mer et nous avons interrogé pour vous, le maire de cette charmante bourgade qui n'avait pas prévu de vivre un évènement aussi tragique.

  _ Patrick, c'est à vous...

  _  ... 

  _  Patrick?...

   ... Bonjour Laurène... 

  _  Bonjour Patrick... Je vous écoute

  _  Eh bien, oui, nous sommes actuellement à Saint-Pouët-Pouët, la nuit est tombée maintenant, les habitants, bouleversés sont rentrés chez eux mais M. le maire a bien voulu nous accorder cet entretien exclusif 

  _   Monsieur le Maire, un mot sur la situation ? 

  _  ( il s'enflamme au fur et à mesure ) Bonjour " Les amis de l'info ", très bonne émission, je tiens à dire au passage que je la regarde chaque jour avec ma mère, eh bien notre joli petit port de pêche où se cachent tant de jolies villas estivales, son église du 19 ième siècle  Saint-Pouët-Pouët, son marché pittoresque et animé, fouetté par les vents souvent violents, les vagues, son camping et ses célèbres palmiers, Saint-Pouët-Pouët est aujourd'hui sinistré, meurtri par les évènements, Saint-Pouët-Pouët demande aujourd'hui que justice soit faite après ce qui s'est passé sur son sol, Saint-Pouët-Pouët demande réparation

  _  Merci Monsieur le Maire de toutes ces précisions, merci Patrick.
 

  _  A nos côtés, M. Fric, économiste à la revue " Pognon de dingues pour tous ", consultant-statisticien-chargé-de- recherche-en ingénierie-analyse-comptable auprès des écoles de management.

  _  M.Fric, bonjour

  _  Bonjour à vous, bonjour aux " amis de l'info "

  _  M. Fric, une réaction ?

Pouvez vous nous apporter un éclairage sur le revenu mensuel moyen des habitants de Saint-Pouët-Pouët

  _  Oui, Ce village qui avait une vocation de pêcheurs connaît un fort chômage depuis maintenant une vingtaine d'années: les bateaux ne sortent guère, l'usine de sardines a fermé, les habitants se paupérisent, ils n'ont pas su gagner le challenge du tourisme, ils n'ont pas saisi les enjeux. C'est bien à un village sinistré que nous avons affaire.

  _  Alors, M. Fric, comment peut on expliquer cette sucette? Comment un enfant de 10 ans est il en possession d'une sucette ? Comment a-t-il pu s'offrir une sucette ?

  _  C'est en effet un comportement étrange qui ne s'explique que par le trafic souterrain, en marge du commerce actuel. Un trafic qui peut s'effectuer dans l'école intra muros, les enquêteurs nous le confirmeront sans doute.

L'alternative, c'est que l' enfant au lendemain des fêtes de Noël, ait  pû bénéficier d'un  bonus pécuniaire ce qui demande, bien sûr, à être confirmé. Mais, vous savez, le règne du bonbon-roi est révolu et il est effectivement questionnant qu'un enfant de 10 ans ait eu accés à cette sucette . L'a-t-il volée ?, lui a t-on donnée ?, l'a t-il achetée ? , l'a-t-il acheté en ligne ? ( ce qui suppose qu'il ait accès à un ordinateur ) _ Comment a t-il pû entrer en possession d'une sucette . En était-il, d'ailleurs, le propriétaire légal ?, la sucette faisait-elle l'objet d'un trafic ( c'est l'hypothèse la plus vraisemblable ) ?, s'agissait-il d'une sucette de contrebande ?, d'une sucette détaxée ?, revendue en ligne ? La question se pose.

  _  ... Ce qui nous permet de mieux saisir l'état d'esprit de ce malheureux enfant. Merci M. Fric

   _  Et maintenant, une sucette: Que pouvons nous apprendre d'une sucette ? Nous avons demandé au Docteur Chicot, pédo-odontologue-parodontologue spécialiste en pathologie bucco-faciale ce qu'il pensait, lui, de cet enfant de 10 ans qui mange, dans l'insouciance la plus absolue, mais aussi, et on peut le souligner, dans l'inconséquence générale, qui mange une sucette ce soir là, à Saint-Pouët-Pouët

  _  Docteur Chicot, bonjour, merci d'être avec nous. Merci de nous aider à comprendre ce qui fait l'objet d'une grande inquiétude: un enfant a mangé une sucette. Il avait tout juste 10 ans...

  _  Un mot peut-être?...

  _  ( placide ) Le sucre, c'est pas bon pour les dents.

  _  ... ?

  _  Ça fait des caries, le sucre.
   _   ...?

  _  Rappelons nous que Jonathan Livingstone n'était ni une mouette, ni un cormoran. Il doit vivre sa vie de goéland ; or, il transgresse, il est libre.

  _  ...?

  _  ... libre comme ce jeune enfant est libre de manger des sucreries...

  _  ... ?

  _  Euh... Eh bien merci ... euh, votre Honneur.

  _  Après un bref rappel des faits, ( je vous rappelle que, cette nuit, sur le territoire national, un très jeune enfant s'est vu arracher sa sucette par un terrifiant et gigantesque monstre volatile venu du ciel ), posons nous la question : Faut il incriminer les parents du petit enfant, parents qui lui ont laissé manger une sucette à Saint-Pouët-Pouët-Pouët, la nuit tombée? Nous avons enquêté à la prison pour mineurs qui se trouve dans les environs de Saint-Pouët-Pouët. Ce pauvre enfant va t'il devoir y passer quelques années ? Reportage de Mélanie et Sébastien : ...

  _  ...Ah... On m'annonce que nous avons en ligne... priorité au direct, Laurent, c'est à vous...

  _  Oui, Laurène. Encore d'avantage de questions, ici, sur place. Ce qui ressort ce soir des inquiétudes, la question largement débattue et que tout le monde se pose, tourne autour de la nature exacte de cet évènement mystérieux, ici, on s'interroge:

 -   On s'interroge sur l'origine du geste: l'enfant a-t-il offert spontanément sa sucette au volatile, lui a-t-il tendue ?

 -   Les parents déficients, insuffisants, seront-ils inculpés pour mauvais traitements? 

 -   Qui va devoir payer la sucette subtilisée par l'albatros ?

  -  Et aussi peut-on qualifier cette agression de la part d'un albatros, de crime contre l'humanité ?

  -  Et puis la question qui revient souvent: sommes nous proches de la construction d'un mur ( on se souvient du mur de l'Atlantique ) afin de se protéger des attaques à venir des albatros ?

  _  Merci Laurent pour toutes vos questions, merci de nous tenir au plus près de cet acte incompréhensible

  _  Ne quittez pas votre émission " Les amis de l'info ", toujours sur la chaîne Blabla Fouille Merde.

-  Allons nous, dans un avenir proche, vers la constuction du mur ? Avons nous assisté à un crime contre l'humanité ? Qui va payer ?

 -Nous revenons dans un instant, nous ne manquerons pas de vous tenir au courant heure par heure de l'évolution de la situation et de ce qu'il convient de penser de cet évènement. Restez avec nous.

 

 

 

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21 novembre 2018

L'ATTENTE

 _  ... ttends, ...ttends, ... A-TTends !

  _   Minute, Papillon !

  _  Deux-se-condes !

  _  Non, pas tout de suite, au dessert, quand tu auras fini tes pâtes !

  _  Après !

  _  Tout à l'heure !

  _   Non, non, je n'ai pas le temps, pas maintenant !

  _  D'abord on va mettre les chaussures

  _  Encore trois dodos !

  _  Quand tu seras grand, on verra...

  _  Oui, on ira. Quand tu sauras nager

  _  C'est pas cuit, mets ta serviette d'abord !

  _  Non, la sucette, c'est après

  _  C'est pas sec, on va le laisser sécher sur la table, près du feu

  _  Oui, elle va venir, Maman, après le goûter

 

 

  _  Bon, alors, il vient ce pipi ?

 

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18 novembre 2018

BERNARD

 

Bernard
Bernard Métral, il s'appelait. Il avait une famille, il habitait un village pas loin de chez moi, il aimait voyager. J'ai appris ça avec le temps. Je ne sais pas grand chose d'autre de lui.


Écrire sur lui. C'est un thème ? Un hommage ? Un plaisir nostalgique ? Une marque de deuil ?
Et on fait quoi ? On pleure ? On l'encense ? On s'inspire de lui ? On se rappelle avec horreur notre obsolescence programmée ?


Une bonne idée. Mais je ne peux rien écrire sur lui. Je ne le connais pas trop. A peine, quoi. Pas plus que ça. Pas suffisamment. Est ce qu'on peut connaître les gens suffisamment ?
En tous cas, je ne le voyais qu'à l'occasion de la Table Ronde. En dehors, je ne le voyais pas. Pas en dehors. 

En dedans?


J'ai connu un gars sympa, drôle au visage émacié, avec sa guitare, son lutrin et son sac à partoches. Il nous chantait des chansons. Des chansons que j'écoutais, qui me parlaient. Il y en a une, en particulier, que j'aurais bien réécoutée ( il avait dit; " oui, la prochaine fois, là, je n'ai pas les paroles "; C'est " Voilà " qui dénonce ce tic langagier actuel qui m'irrite. Ah oui, il l'a noté lui aussi, il l'a pointé ? Et ça l'agaçait, lui aussi ? Donc, lui, il parvenait à exprimer son dedans, dehors ? Il nous l'offrait, il nous faisait partager son ressenti ?
C'était un plaisir de l'écouter, d'adhérer. On aurait pu en discuter, j'aurais bien aimé mais je ne l'ai pas fait, on ne se connaissait pas bien.


Je sais aussi qu'il avait des sourires amusés en écoutant certains de nos textes. C'est tout. Je ne le connaissais pas bien.


A la fin, à l'hôpital, quand nous étions passés le voir, nos discussions passionnées l'ont tiré de sa torpeur morphinesque; Une pointe d'humour: "Oh ça vire à la réunion CGT, là !... " puis il a resombré. Le lendemain, c'était fini. Son corps est mort. OK il n'était que poussières. OK, poussières d'étoiles, quand même !. Mais son trait d'humour ? Il est où ? Il est où ? Sa créativité ? Sa poésie ? Ses remarques sur " Voilà " ? C'est forcément dans l'air, c'est présent autour de nous. D'ailleurs, on peut les chanter ses chansons, elles existent. Si il ne les avait pas écrites, personne ne l'aurait fait à sa place.


Les morts se démodent vite. Il n'aura jamais connu l'été indien qui s'est poursuivi jusqu'en novembre, il n'aura jamais connu le prix Goncourt 2018 ou encore le beaujolais nouveau,  la chute de Carlos Ghosn", "les gilets jaunes ". Il s'en foutait peut-être, je ne sais pas, je ne le connaissais pas tellement.


J'aurais bien réécouté " Voilà " mais, non, je ne peux pas parler de Bernard, je ne le connaissais pas tellement. Il est... , voilà, il est parti.

 

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06 avril 2018

TROMPER DE CHIOT

 

 

 

 

         Le tragique, dans la vie, j'ai bien réfléchi, c'est qu'on fait pas toujours comme on veut...

 

 

 

          Je voulais faire dans ma vie, tout plein de trucs et de machins mais SURTOUT avec personne pour m'embêter. J'ai fait ce que j'ai voulu, enfin, tout ce que j'ai pû; rien de mirobolant, MAIS, seule maîtresse à bord. C'est maintenant la dernière partie, de ma vie, c'est presque fini et je suis là, pitoyablement affaiblie, démunie, presque aveugle, infirme, pas marrante, dépendante, impuissante

dans mon petit charriot,

dans mon petit studio,

dans ma petite vie

entre la lueur bleutée de ma petite TV et mon petit ordi à loupe à regarder toute la sainte journée DES  GRO-SSES-CO-NNE-RIES ...

 

          Et oui, c'est comme ça: 

plus de voyages de découvertes déstabilisantes,

plus de jardinage éreintant, prometteur,

plus de randos jusqu'au bout de mes forces,

plus de manifs enthousiastes,

plus de grand nettoyage de printemps réjouissant,

plus de bouquin dévoré en une nuit,

plus de jeu des sept familles avec mes mignons,

plus même de vidage de lave-vaisselle, les couteaux d'un côté, les petites cuillères de l'autre,

rien,

plus rien de tout ce qui a fait mes grands et mes petits bonheurs, mes immenses plaisirs, toute ma vie,

plus d'amoureux. Oui mais ça!  Ils sont jaloux, ça laisse traîner ses affaires, ça comprend rien, ça empêche, ça donne trop de travail. Non, ils sont tous vieux, moches, réacs et puis mes petites fuites zurinaires  !...

 

       Quand je dis fuite, on dirait qu'ils me fuient, tous, tout le monde. Ils m'ont abandonnée. Tous, tous, tous, ils m'ont tous abandonnée. Si. J'ai droit à la visite de mes enfants, de mes ex beaux-enfants aussi. Rituellement à la fête des grands mères ( tu parles d'une fête commerciale !  Is ont la pression de l'idéologie dominante...). Le dimanche matin aussi, alors, ils sont pressés, les gamins sont très pénibles, ils parlent fort, ils crient, ils ne tiennent pas en place, les parents n'ont aucune autorité. Et les ados, surtout, ils sont mal élevés, le nez collé à leur écran, ils répondent des borborygmes, tu sais même pas si ils pensent !... A Noël, oui, j'y vais, ça leur fait plaisir, mais c'est un vrai supplice pour moi, ça ne pense qu'à bouffer, brasser, discutailler... Et puis leurs cadeaux: des chemises de nuit, je mets des pyjamas, des foulards, qui met encore des foulards ?, des chemisiers, on met des sweats maintenant !

 

      Pourtant, je suis causante, c'est intéressant ce que je raconte, je ne suis pas encore gâteuse que je sache. J'ai toute ma tête. Par exemple, en politique,  j'ai toujours été ultra gauche, j'ai bien baroudé, on ne me la fait pas, moi, je ne suis pas dupe des discours politiques, mon point de vue est précieux. Tu parles, ils ne m'écoutent pas, ils croient tout ce qu'on leur fait croire.

 

      Mes amis... Mes amis... Que sont mes amis devenus ? Je trouve qu'ils ont bien changé, les gens que je connais : ils sont tout le temps dans la plainte,  " et j'ai mal ci et j'ai mal là et je dors pas bien et mes résultats d'analyse et mon traitement et ma cure machin et mon arthrose... " Pouhhhh ! ... Non, c'est vrai, je me barbe avec les gens, j'aime autant qu'ils restent chez eux !

      Les infirmières, c'est pareil ! D'abord, c'est jamais la même, toujours pressées, bêtement gentillettes " Ca va, Madame ?  ...  Essayez de marcher ...  Il faut marcher un petit peu dans votre chambre, sur le balcon ...  Vous prenez   bien l'air ? Il faut prendre l'air ! Vos enfants sont venus ce week end ? ... Et gnagnagna... "

 

      C'est comme les auxilliaires de vie, des nunuches : le ménage, c'est ni fait ni à faire, je trouve des traces, les produits bio connaissent pas, les casseroles, elles les rangent pas du tout comme je veux et je suis à leur merci, toutes ces Bécassines !

 

       Les aides ménagère, elles n'ont pas inventé la poudre, il faut le dire : " Alors, Mamy une petite purée ? On va toute la manger aujourd'hui ! Je vous prépare un petit yaourt ou une petite compote ? Gnagnagna. "On peut pas discuter avec ces gamines. Discuter ? mais de quoi ?

Les livres ? Ca lit pas.

Moi non plus

mais... quand même.

Les spectacles ?

Elles sortent jamais.

Moi non plus

mais...quand même.

Les films ? Elles ne mettent pas les pieds au cinéma, c'est TV-Ordi,Ordi-TV.

Moi aussi

mais ...quand même...

... FAUT VOIR CE QU'ELLES REGARDENT!

 

      C'est un univers HYPER féminisé, tout ça. On se croirait chez les bonnes soeurs ! ... Le petit kiné  ?  Mais il a douze ans et demi, il n'a pas de discussion, Napoléon,  Mai 68, c'est la même époque pour lui !

 

 

 

 

       Bon, alors, en fait, j'ai le choix...

... et puisque j'ai décidé de vivre,  de continuer

quand même,

malgré tout

dans ces tristes conditions,

en l'état,

on verra bien, je tente en tous cas j'essaie de vivre

quand même.

Il sera toujours temps si c'est trop désagréable...  d'arrêter... Stephen Hawking a tenu, combien ? 50 ans...

Avec qui partager, commenter, critiquer, m'attendrir me réchauffer?

 

 

 

 

Un chien.

     Ils veulent que je prenne un chien. Moi, je n'ai jamais eu d'accointance particulière avec quelque animal que ce soit, chat, chien, cheval, raton-laveur. Mais, bon, d'accord, ça s'est décidé sans moi, j'ai fini par dire OK, d'accord; Bon, d'accord, essayons, voyez, j'y mets de la bonne volonté.

      Mais, ÂÂÂTTTTENTION, attention, je veux bien vous faire plaisir, je veux bien essayer de prendre un chien puisque vous vous êtes tous donné le mot _ à mon insu, je vous fait remarquer _  et que vous avez l'air d'y tenir tous, j'ai mes critères, si vous permettez, j'existe, je veux pas n'importe quel chien. Je me suis dit un chien d'aveugle  ( que je suis presque ), un chien de compagnie  ( pour la personne à mobilité réduite que je suis devenue ), pourquoi pas, ce n'est ni mon choix ni mon envie mais, si ça peut vous faire plaisir ! J'ai bien réfléchi.

 

   _    Un chien, d'abord,  pour moi, un chien,  ça doit être une chienne ; ce doit être une chienne, une femelle, une femme. Pas envie du mec qui pisse partout pour marquer son territoire et qui va montrer les dents dès qu'un bonhomme m'approchera. Une chienne.

   _      Blanche. Oui, claire, dans ma quasi-obscurité, je veux pas l'écraser avec mon charriot et puis c'est plus gai. Blanche, lumineuse.

   _      La race ? Une bâtarde surtout, je ne veux pas d'un chien-chien fragile, je la veux bien rustique, résistante. Bâtarde ne veut pas dire abâtardie, dégénérée, pas une chochotte.

   _      Avec un poil soyeux, doux, que je puisse caresser de temps en temps. Mais pas angora, merci, pour qu'elle foute  des poils partout et que je devienne asthmatique, vous voulez ma mort !

,  _      Obéissante, je n'ai pas envie de m'égosiller. J'ai pas dit servile, pas à plat ventre, voyez, une chienne qui a du caractère. Mais pas caractérielle non plus, pas une folle qui n'en fait qu'à sa tête.

     _      Pas casse-bonbon pour la bouffe, je suis pas sa mère, moi, juste complice, connivante, elle mange ce que je lui donne et pas de manières sinon, elle gicle. 

   _    Bon, pas chochotte et surtout attachante, qu'elle m'aime, qu'elle soit contente que j'existe mais pas, hein !, je veux dire qu'elle vive sa vie, qu'elle ne soit pas collante non plus, parce que, moi, c'est direct la SPA. On ne se regarde pas l'une l'autre. Chacune toute seule, regarde dans SA direction  et, basta,  les moutons seront  bien gardés.

   _      Avenante, dynamique, rigolotte, voire même pince-sans-rire ( Ca existe? C'est possible, ça, un chien qui a le sens de l'humour ? ), j'aime bien marrer, moi; je n'ai nul besoin d'un triste sire.

   _     Alors, il ne faut pas qu'elle morde. Quand les bébés de mes enfants, de mes petits-enfants, de mes arrières-petis enfants viendront nous voir, il faut qu'elle soit sympa, il faut qu'ils puissent la torturer, lui tirer les poils d'oreille sans qu'elle moufte, et même qu'elle les garde,  qu'elle les surveille, qu'elle les protège, qu'elle soit maternante. Pas intérêt à mordre, mes petits sinon c'est le cocktail lytique !

   _     Ah oui, l'aboiement: clairement je ne veux pas ameuter tout le quartier, je veux bien d'un aboiement dissuasif si on me menace mais je pencherais volontiers pour l'aboiement joyeux accompagné d'un ample frétillement de queue.

 

      Voilà. Ne me prenez pas pour une mémère-à-son-chien-chien et apportez moi la perle rare. Je veux quoi, finalement? Une brave Toutoune

 

 

 

 

 

      Entrez   

       Bonjour-mon chéri-tu-as-encore grandi-alors-ça-marche-les-études-tu-te-plais-dans-ton-nouveau-lycée -enfin-boîte-à-bac-tu-as-trouvé-une-nouvelle-petite-copine-oh-tu-peux-me-le-dire-à-moi-comment-elle-s'appelait-l'autre-déjà      c'est quoi dans ce carton ?       cette boîte à chaussures ?      et ça  là       c'est      une litière ?

      C'est une plaisanterie ?       Cet avorton       cette espèce  de            Tais toi tais toi          de truc ? Tu vas me remporter ça vite fait        Tais toi bon sang       je vous avais jamais demandé     quoi ? au chenil tu t'es   TROMPE DE CHIOT ?       oh fais le taire        non non  tu ne m'installes pas cette litière         j'en veux pas de ton roquet à deux balles         Tais toi tais toi sale bête       qu'est ce que c'est que cette histoire "  tromper de chiot  "      attends         mais ne pars pas      attends emmène moi ça       ne pars pas        fais le taire        reste    reste    reviens        Non mais tu vas voir à Noël, moi aussi, je vais me tromper de chèque  

 

 

      Tais toi   mais tais toi donc   les voisins   mais qu'il est laid tout maigre tout rachtèque   enfin court sur pattes   j'ai horreur de ça   tu as l'air fin de trembler comme ça  teigneux  viens là  viens là je te dis  je vais pas te manger  approche  lààààà  aïe sale bête  moi je te le dis recommence pas   oh qu'il m'a fait mal  il a peut-être  faim  tiens  non tu n'aimes pas ça mon  jambon de midi  attends   faut te le couper peut-être   faudra  bien me dire ce que tu aimes  tiens  je vais l'écraser avec mon  charriot   il est passé où  il est tellement minus  tu te caches je vais pas passer mon temps à te chercher j'avais bien besoin de ça j'avais dit UN CHIEN pas un  truc trafiqué OGM d'abord je voulais UNE CHIENNE mais ils n'en font qu'à leur tête et moi je compte pour du beurre ce que veut la vieille on s'en tape et voilà je me retrouve enfermée avec un roquet hargneux qui va m'emmerder la vie  sniff sniff  ah ben c'est le pompom  bravo merci merci vraiment oh c'est une infection viens là viens là je vais pas te manger comme il tremble il a que la peau et les os faudrait que je lui fasse un petit une sorte de manteau j'ai un reste de laine rouge ça ira bien avec son poil brun viens là tu vas obéir  tais toi c'est le voisin qui ferme ses volets tu vas pas chaque fois hou que tu es maigrichon tu parles d'un chien c'est un hybride  de sauterelle et de souris ça doit être fragile comme tout je vais t'appeler     Cerbère   hi hi   Hitler  hi hi Goliath  hihihi  Tazer   oh ça va     on peut rigoler non      ça y est       il est véxé    il fait la gueule    il montre les dents   il est pas commode   allez viens viens sur les genoux à sa maman on va regarder " C dans l'air "  là  tous les deux   bien tranquilles làààà chut c'est rien c'est quelqu'un qui monte l'escalier chûûûttt làààààààà   oh   ces sales gamins qui braillent dans la cour   y vont me le réveiller  làààààààà  dodo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le tragique, dans la vie, j'ai bien réfléchi, c'est qu'on fait pas toujours comme qu'on veut

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 février 2018

VOIR LES POTERIES

                  Aujourd'hui, c'est pêche aux oursins. Nous avons  pris un matelas pneumatique. Nous l'avons chargé d'un sac de courses rempli de masques, tubas, couteaux, gants de vaisselle ( qui vont être nos protections contre les épines ) et, hop, poussée par nous trois en nage palmée, notre embarcation prend le large . Mon père, mon frère et moi partons à la guerre aux oursins de l'autre côté de l'île, sous la falaise à pic

                   Plusieurs mètres sous l'eau, les oursins sont accrochés à la paroi : on respire un bon coup, on plonge, on atteint nos cibles, on leur sectionne le pied avec notre couteau, on les déloge avec nos gants de combat, on les remonte, on remplit le sac sur le matelas, on se pose un peu et on recommence. On rentre quand on en a beaucoup, beaucoup, on les montre à Maman, on est fier, on raconte tout: comme c'était profond, comme c'était difficile, comme on a eu chaud, comme on a bien failli...

                    Parce que le fond, c'est très profond. D'ailleurs, on ne le voit même pas, le fond.

                    Les abysses m'attirent : il y a des poteries romaines très jolies, des galions espagnols, des temples, des statues de civilisations extraordinaires.

                     Les abysses m'épouvantent il y a  carcasses de baleine, des êtres hybrides qu'on n'a jamais vus, des pieuvres géantes qui peuvent s'enrouler autour de nous, nous tirer...

                    Mon père répète les consignes: " ajuster masque et tuba, plonger, d'une main gantée, saisir les oursins, de l'autre, décoller le pied avec le couteau,  remonter  par paliers, mettre les oursin dans le grand sac sur le matelas, attention les doigts, respirer,  se poser et quand on est prêt, recommencer  "

                    J'ajuste la visière de mon heaume, referme mes machoires sur le tuba, fourbis mes gants de maille, me saisis de mon poignard et j'inspire un bon coup...  Mon frère a déjà plongé. Mon père, me lance, avant d'y aller : " Garde bien le matelas, tiens- le, il y a quand même une légère brise ... Fais attention ! "

                   Je garde le matelas, j'attends mon tour, la gorge serrée, je scrute les profondeurs, ils remontent ensemble, soufflent, déversent leurs premiers oursins, commentent.  

                   Ils vont y retourner ?...

                  Avant  de remettre son tuba en bouche, mon père me recommande à nouveau : " Fais bien attention à ne pas verser, tiens -le, le sac, ça bouge, il y a des petites vagues, ce serait ballot de tout perdre... "

                  Au risque d'être ballotte, je crie " De toutes façons, j'aime pas les oursins , ça me dégoute vos oursins  ". Je rentre à la nage. Le matelas pneumatique et son précieux butin s'éloignent doucement.

               Bien obligé de me suivre, mon père  récupére le matelas, mon petit frère s'y accroche pour pouvoir rentrer.  J'entends:" Tu sais, ta soeur, pfffouou!!!! "

 

 

 

 

 

 

 

 

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