03 novembre 2009
Une étape aléatoire
Claude Levi Strauss est mort aujourd'hui, il avait 100 ans.
Et le mur de Berlin aussi s'est écroulé, il y a 20 ans.
Et le prix Goncourt est attribué à ...
Pas une minute à perdre.
Croyez moi.
Le temps de me ressaisir ... Le temps de me rassembler.
Si ce que je dis, tout le monde le pense déjà, il faut me le dire, ça m'intéresse.
Si ce que je dis n'a de valeur que pour moi-même, je continuerai quand même. Bien sûr.
Je me lèverai le matin pour dire ce que je dis. Et rien d'autre. J'ai pas le temps, moi, de perdre mon temps.
Je dis ce que je dis. Que ça vous plaise ou non. Que ça vous intéresse ou pas.
Vous n'êtes pas obligés d'entendre ce que je dis, de l'écouter. Mais je suis obligée, moi, de le dire, sinon ça m'étouffe.
Et puis, si je ne le disais pas, que penseriez vous de moi ? Et moi de moi ?
Que pensez vous qu'il advint de tout ce que je n'ai pas dit ?
Non, ce n'était pas la peur de médire ou de me tromper. Je ne me trompe jamais quand j'ai envie, quand j'ai envie de dire.
J'ai envie de dire, je crois bien que j'en ai le droit.
Ne vous méprenez pas, je ne donne pas de leçon.
Je dirai tout si ça me chante. Puisque ça me chante.
Et bien d'autres choses encore.
Bien d'autres ont dit. Avant moi.
Et je suis si heureuse de les avoir entendus.
Voyez vous, ça me plairait infiniment que je vous touche ...
Je n'ai jamais pu dire " nous ". Quand je dis " nous ", ça ne veut pas dire grand chose. Alors je dis " je " . Ainsi, on pourrait donc, au sortir d'un rêve, dire " nous " ?: "Cette nuit, " nous " avons fait un rêve ? ..." ... Allons ! ...
Je sais qu'un homme amoureux aime beaucoup dire " nous ". Désolée. Moi, je dis " je ". Et je vous prierais de bien vouloir dire " je ", de ne pas m'inclure dans ce "nous " qui n'appartient qu'à vous. Pas à moi, en tout cas.
Ce que je dis, c'est mon goût, mon envie, mon trouble.
Votre " nous " me colle, m'englue, m'attriste, me noie, me blesse, m'appauvrit, m'empêche, me vide. Et alors, je rêvasse ...
Si tous les gars du mon- on- de
Voulaient bien di-re -" je ",
Je pourrais faire une ron- on- de
A-a-a-vec eux
Ce que je dis a de l'importance.
Ce que je dis est important puisque je le dis.
Ce que je dis...
Je regrette ce que je n'ai pas dit; je croyais que ... je croyais que vous ..., ... croyez vous ... , ... m'entendez vous ..., ... pensez vous ... , non, non, rien. Non,c'était pas important. Non, je n'ai rien à vous dire. Vraiment, je n'ai rien à dire . Pas grave.
27 octobre 2009
Mes complies *
Je voulais être une religieuse. Une moniale. Une carmélite. Une abeille dans la ruche, quoi.
Je voulais être libre d'être profonde, en conscience, en phase permanente avec moi même, réglée, méthodique, frugale, joyeuse, apaisée, à l'écoute, confiante, dynamique.
Je voulais faire tout avec goût, avec plaisir.
Je voulais n'oeuvrer qu'à ma tâche. Tâcheronne.
Ma tâche, c'est facile: c'est ce que j'aime faire, ce que je dois faire. Rien d'autre.
Bien sûr, au XVII ième siècle, un honnête homme pouvait s'intéresser à tout. Mais je ne veux pas être une honnête femme: la vidange de ma voiture, ça m'endort; le réglage du magnétoscope, ça m'endort; le calcul de ma taxe foncière ...
Je voulais aimer avec délice, joie, plaisir, contentement tout ce que je faisais. Il n'y a pas de temps perdu. Le temps perdu n'existe pas.
A quoi reconnaît- on qu'une tâche n'est pas un divertissement, un évitement, un empêchement, un toxique , mais bien un agrandissement, un accomplissement, un épanouissement, un rayonnement ?
Je voulais écrire pour être à jour, pour profiter. Encore plus. Mettre à profit. Approfondir.
Je lis " le jardin enchanté de Maria Hofker". Maria Hofker avait un jardin. Tout petit, dix mètres. Qu'elle louait. Elle s'y rendait en vélo. Tous les jours. Pendant 50 ans. Chaque jour. Elle cultivait son jardin. Elle écrivait sur son jardin. Elle peignait son jardin. Elle faisait la reliure des livres sur son jardin.
Accomplie. Certaine. Sûre d'elle. Pleine. Satisfaite.
Une vie réussie. Une vie accomplie.
*complies: Dernière partie de l'office divin, après vêpres qui sanctifie le repos de la nuit.
20 octobre 2009
La magie de l'écriture
Ah, noircir le tableau.
Oh, la magie de Noël, moi, tu sais.
Tu aurais dû y penser avant.
Une baguette, s'il vous plaît.
L'oral et l'écrit. D'ailleurs, les gens n'écrivent plus.
T'es où ?
Ca va bien, merci.
Personne t'oblige.
Je sais pas. J'en sais vraiment rien.
Moi, à ta place.
Mmmmm, un bon petit thé.
D'accord, on commence quand ?
Dis donc, ça s'est rafraichi.
Tu serais d'accord ?
Quand on pense que, avant.
J'a-dore-ça.
Qu'en sais tu ?
Tu trouves pas que.
C'est ma-gni-fique.
Je fais que des conneries en ce moment.
Non, rien de rien. Non, je n'ai envie de rien; D'ailleurs, personne ne m'a jamais demandé de lui dessiner un mouton. Et il sera trop tard pour avoir envie quand sonnera l'heure de ma mort.
13 octobre 2009
La barque silencieuse
à M. Pascal Quignard
Aujourd'hui est finissant.
Que s'est -il passé, aujourd'hui, que je ne connaisse déjà ? Qu'ai- je découvert ? Qu'ai- je expérimenté que ma longue vie ne m'avait pas encore proposé ? D'ailleurs, qu'ai -je moi même recherché ? Qu'ai-je développé ? Non, vraiment, aujourd'hui s'estompe dans une aisance d'habitude et de routine. Je ne pense pas avoir progressé.
Alors, serait il possible, s'il vous plaît, si toutefois il m'est donné de me réincarner, de traverser ma prochaine vie en pilote automatique ou bien téléguidée ou télécommandée, à votre convenance ?
Végétative. Anesthésiée. Machinale. Sans souffrance. Sans recherche. Sans inquiétude. S'il vous plaît. Un peu à l'image d'une barque qui partirait de son port d'attache, sans rames, sans gouvernail, au gré des cieux et des flots pour arriver usée, abimée, gorgée mais à bon port, forcément.
Déjà, je cède à la torpeur passive si confortable dont sera faite ma saison d'hiver. J'oublie, je confonds, je mélange tout, je m'en fous. Je vais hiberner, c'est si bon. Ne me dérangez pas. S'il vous plaît.
06 octobre 2009
Les corbeaux du soir
On les entend... Si, écoute bien ... Oui, les voitures, c'est la mauvaise heure ... Oui, la sirène des pompiers, il doit y avoir un accident ... Mais derrière ... en bruit de fond ... Tu les entends ... Ca s'amplifie ... Quel vacarme ! Quelle agitation ! Ils sont nombreux ... Ils sont venus de loin ... Ce tapage ... Ils se réunissent ... Tous ces oiseaux ... ces corbeaux ... noirs... tout noirs ... Ils se réunissent, c'est pour annoncer la fin du monde .
Si, le monde va finir. C'est comme ça. Non, pas tout de suite, tout de suite . Mais bientôt. Ca va décliner petit à petit puis ça ira très vite et puis, voilà, pffffuitt !, fini !
Alors, les corbeaux, ils se préparent, ils nous préparent. Ils cancanent, ils disent du mal de nous, ils s'apprêtent, ils nous appellent.
Enfin, non, c'est pas le monde qui va finir, c'est le jour, la journée. Encore une belle journée. Qui aurait pu durer, durer ... Mais le soir tombe, les corbeaux se réunissent, ils croassent, ils s'agitent. Quel bruit ! Ils jubilent. Ils vont se percher sur nos épaules. Sur nos têtes. Ils vont nous chier dessus. Ils vont nous griffer les joues. Ils vont nous crever les yeux. Ils vont manger tous nos bébés. Pagaille ! Effervescence ! Des plumes noires volent de partout. Ils nous attaquent ! Ils ricanent. Ils annoncent l'arrivée des vieilles sorcières. Très méchantes. Très laides. Bientôt.
Quel tintamarre ! Le sabbat va commencer. Dans le ciel sombre, je vois les premiers balais qui tournoient. Une ronde. Une danse ... Un certain panache! ... Un élégant tourbillon ! ...
Il y a moins de voitures, on dirait. Les gens sont rentrés du boulot. On les entend moins. Les corbeaux. Ca s'est calmé. Ils se sont tus. Ils sont rangés. C'est fini. C'est totalement la nuit, maintenant. Bon, la journée est finie. La nuit. On ne les entend plus. Le noir. Bientôt.
22 septembre 2009
Osons Joséphine, osons
Osons Joséphine, osons
Aujourd'hui, un bébé est né; Xavière et Jean ont le bonheur de vous annoncer la naissance de leur troisième enfant: Vadim.
Aujourd'hui, Emilie a refusé de vacciner contre la grippe A les enfants de l'école sans la présence des parents; elle va démissionner.
Aujourd'hui, Adélaïde a vu son bébé dans son ventre. Il dormait, ça l'a réveillé.
Aujourd'hui, j'ai acheté du beurre de cacahuètes mais il ne faut pas. Et du Nutela aussi. Et des Mars glacés.
Aujourd'hui, il y a sur la table, étalés, des dessins de bébé par Myra Coppey. C'est noir!
Aujourd'hui est le premier jour de l'automne. Bientôt le printemps. L'hiver, c'est bien aussi.
Ah
Ne gaspillons pas
notre temps
notre force
notre amour
notre vie
Arrêtons
le gâchis
le blues
la crainte
l'attente stérile
l'épargne
Ca commence comment quand on ose ?
Et ça continue comment ?
Ca sert à quoi, d'abord ?
Si fatigant !
C'est difficile, après ?
Osons Joséphine, osons
16 septembre 2009
Une cérémonie en Islande
Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre, alors ils décidèrent de se marier et moi, je fus convoquée. Les mariages, je ne suis pas contre , enfin, si, c'est pas ça _ vive la liberté ! _ mais je n'y comprends rien. Pendant des années j'ai scandé " Mariage-piège à cons ! Mariage-piège à cons ! " sur le passage des cohortes . De mariage. Pendant des années. Je posais des questions, en toute bonne foi, vraiment, pour essayer de les comprendre, les gens qui se mariaient. On me taxait d'inquisitrice et puis les raisons invoquées ne m'éclairaient pas du tout: " Je me marie : pour la famille, pour les enfants, pour le statut, pour le plaisir, pour changer de nom, pour pouvoir rester en France, pour la fête, pour la robe " .
Alors je m'en suis faite une, de raison : on va pas être en guerre, on va jouer le jeu, les gens, généralement, aiment bien se marier, je vois pas pourquoi mais c'est comme ça et je ne me suis même plus posé la question.
Ainsi, au long de ma vie, des tas de gens se sont mariés. Des proches même. Eh bien on m'a invité, j'y suis allée sans rouspétance et ça s'est chaque fois, ma foi, très bien passé. Je suis restée sociable, j'ai fait tout ce qu'il faut.
J'ai maintenant une grande habitude des mariages: je me fait belle, je papote, je mange des bonnes choses, je danse, je dis quelques blagues, je souhaite beaucoup de bonheur. Mais ça ne me fait rien . Rien. Je ne sens rien. C'est vide de sens.
_"Comme c'était émouvant ! "
_ " Ah "
On va pas se battre mais vraiment, je vois pas. C'était cucul peut être, énervant, déprimant sans doute, désespérant assurément, guindé parfois, vulgaire toujours. Je peux augmenter la liste des qualificatifs mais "émouvant", non.
Bon, basta ! Il se trouve que j'étais invitée à un mariage, une fois encore, que j'allais pas en faire un fromage, une fois encore et que j'allais y participer bien sagement, une fois encore et tous mes voeux etc . ... M'enfin ... quand même ... , dans les années 70, si on avait pensé que ça allait déboucher sur tout ce conformisme ...
Là, la particularité, c'est que ça se passait en Islande, ce mariage. Un beau voyage, d'autres façons de faire, de voir, des découvertes ...
A l'église, en plus. Les tourtereaux, ni pratiquants, ni mécréants, juste des jeunes, modernes, avec écrans, portables, suchis etc, souhaitaient une officialisation démonstrative de leur union, une cérémonie. Et en Islande, l'église n'étant pas séparée de l'état, le mariage religieux fait aussi office de mariage civil. Bon alors mariage à l'église, la totale ! Je me renie, je me renie, je me nie, je me nie. Mais non, on va voir comment ça marche l'église luthérienne !
Je sus faire front, me dégoter des habits sympas, un chapeau de belle mère (c'est à dire, étant la compagne actuelle du père du marié, j'étais un peu la belle mère quoi ! ). J'avais, par conséquent, une place de choix, je pouvais me régaler du spectacle tout à mon aise.
Déjà, il faut reconnaitre que l'église était franchement jolie. Lumineuse. Une petite chapelle. Accueillante. Tout en bois peint. Claire. Bien située, à deux pas de la capitale, au bord de la mer, dans les prés, avec des poneys, des moutons, des mouettes, un petit soleil frisquet d'Islande.
On était tous sur notre 31, bien rangés comme des santons bigarrés sur les bancs. On attendait, calmes, un peu condescendants, un peu impatients que le spectacle commence ... La belle mère avait un chapeau mais pas aussi original que le mien, plus classique. Les enfants remuaient un peu. Les potes étaient dans l'expectative, perplexes, esperants, confiants ...
... et alors ...
... et alors ...
... et alors ...
... ils sont arrivés, se tenant par la main, l'air émerveillé, comme deux gamins ...
La chorale nous a saisi en plein coeur : " All you need is love , All you need is love ... "
Ils ont pris place de part et d'autre de l'autel sans se quitter des yeux. Ils étaient vêtus sobrement avec, chacun une grosse rose blanche à la boutonnière. ... Love, love, love ... la pasteure marquait le rythme, dansait un peu. La pasteure ! un amour ! toute pomponnette, bienveillante, des
yeux pétillants, un joli col comme Henri IV, une longue chasuble d'où
dépassaient des chaussures rigolottes. lls se regardaient éperdument. La pasteure a dit des choses magnifiques, c'était en islandais, oui mais c'était très investi, très chargé et elle les a bénis, de tout son coeur, de toute sa force. Eux, ils souriaient, béats. ... Love love love ...
Accompagnés par la chorale qui chantait des paroles très belles de Zazie, ils sont sortis, fiers, comblés, solennels, d'un pas lent. Ils avaient grandis de 20cm, ils se pavanaient, main dans la main. Nous, on a suivi. Et les autres, tout le monde a suivi, on avait envie de les embrasser Tous leurs copains, ils se mariaient un peu aussi. Un cortège, quoi ! Ils étaient beaux, ils rayonnaient, ils se tenaient la main aussi, très fort. Ils souriaient, ravis . Ils auraient pu marcher jusqu'à Reykjavik pendant longtemps, devant tout le monde. Ils auraient pu s'envoler. Une pluie de pétales de roses. Un lâcher de macareux . Des angelots ou des elfes ou des trolls, je ne sais plus . Se pavaner, se montrer, s'afficher, avoir le droit, être reconnus , parader, poser pour immortaliser. Je comprenais tout, je crois. Vive les mariages ! ... Enfin ...Oh lala ! que j'étais émue. Comme ils faisaient plaisir à voir! Ils riaient de contentement. Mais que c'était beau ! Tous ils riaient . C'était en Islande, cet été, des épousailles très, très gaies.
15 septembre 2009
L'Islande, le feu sous la glace
Mes petits enfants,
Que vais je vous conter aujourd'hui ?
Je n'ai vraiment pas d'idée, ni de goût, d'ailleurs, ...
Ah si ! Il faut que je vous raconte mon périple, je reviens d'Islande. Ah ! l'Islande ! , terre de contrastes ! , ah ! , le feu sous la glace ! , l'Islande ! ...
L'Islande ! , ses volcans ! battus par les vents ! , ses geysers ! , ses déserts de cendre ! , la Crise , les salaires coupés en deux, les Vikings colons, l'Islande et ses baleines ! On part en mer sur une goélette, et alors, on peut en voir, parfois, leur dos surtout, au loin, c'est pas si gros que ça, au fond, les baleines ! ... Mais là n'est pas le sujet. De toutes façons, c'est pas le sujet qui compte. Le jour qui dure 24 heures ! , les phoques un peu familiers ! , les glaciers ! , énormes ! gigantesques ! qui fondent, si vite, si vite, Bjork ! ah ! Bjork ! ... , les icebergs ! qui se détachent, qui passent, vite ... la première ministre homosexuelle revendiquée ! , les bains dans les sources chaudes qui sentent l'oeuf pourri ! , les macareux ! , par dizaines, par centaines ! , des milliers de macareux ! ; et les chevaux, tout petits, faut pas dire les poneys ! , ces jolies petites maisons colorées en tôle ondulées, battues par les vents, et les bébés dans les landaus, sur les trottoirs des bistrots, tout seuls. Non, ce qui est important, c'est le temps qu'on prend à réfléchir, à être présent à quelque chose. ... et les tueurs de rennes dans l'Est du pays, et les 4/4 rutilants et les pistes et tous ces gens qui n'ont pas de patronyme et des cascades mais de ces cascades ! immenses ! et puis nombreuses ! , ! et la splendide Gay Pride et le Blue Lagoon !, ... le Blue Lagoon ..., Blue Lagoon .... ces maisons aux toits en prairie ! , qu'on tond, ! avec une tondeuse ! , à gazon ! ... Il convient de s'extraire d'une situation pour pouvoir mieux y entrer. ... Et ces femmes pasteurs ! , pétillantes et malicieuses ! et cette petite ile, sortie de la mer en mille neuf cent soixante sept ! , hier ! L'art se situe dans une opération de dépassement. Il faut tromper l'activité qui nous englue.
Vous croyez que c'est marrant , vous, de dormir à côté des glaciers, sous une tente humide, en mangeant des sardines, pendant un mois ! A mon âge !
28 juillet 2009
Autobiographie
tohu bohu chaos magma
où est l'autorité qui s'élève d'autorité l'autorité naturelle l'autorité autorisée
qui est légitime ce qui est bon pour moi est légitime
venir venir de loin revenir reconnaitre revenir malgré en dépit de contrainte
avènement
il n'y a que ceux qui peuvent donner qui donnent
Ce matin, en ce magnifique aurore de l'an de grâce de l'été 2009, je me suis réveillée dans mon lit, le lit le plus confortable du monde et les merles chantaient et se dépêchaient de manger le raisin de la tonnelle et la plus belle lumière du monde inondait la chambre et la chatte s'étirait en attendant sa pâtee et les bouquins par terre, ils s'étiraient aussi et aussi mon collier, posé, là. Le drap était doux, tiède, il chantonnait.
J'ai consulté le rat du jour qui m'a proposé:
_ les meilleurs découvertes du monde et ses petites rencontres
_ les délices d'aujourd'hui à volonté
Alors, je me suis rendormie, d'aise.
21 juillet 2009
Jour de peine
Il distribua à chacun une plume d'oie, puis des feuilles.
Et puis il s'envola. Dans le vent, le sirocco.
Bon, alors, elle aiguisa sa plume d'oied'oie.
Mais elle ne s'envolait pas. Dans le vent, le vent qui dessèche, le vent qui énerve, le vent qui fait semblant d'animer. Elle le reconnait, c'est le vent du désert des Tartares, le vent des Enfers, le vent vain. Il remue les feuilles déjà sèches, il fait frémir, il fait craindre, il fait attendre. Mais il est stérile, il n'amènera rien.
Il en est un, celui qui s'en va, sifflant, soufflant, dans les grands sapins verts, vhouh ! Mais, là, ce n'est pas le même , c'est le vent qui continue malgré tout, quand tout est fini, c'est le vent qui a la goût de vomi, le vent qui te prend ton souffle, ta force, qui te fait croire que tout bouge encore. C'est le vent qui souffle sur rien, qui te fait croire que la vie vit. Il est interminable mais, après, ce sera fini. Elle le reconnait. Sa plume d'oied'oie est tarie. Et, en face, à côté, aussi, l'atelier d'éventails, l'atelier de peinture, l'atelier de lutherie étaient éteints. Rien ne fonctionnait plus cet été là. Les passants passaient, dans les voitures, les radios beuglaient, les jeunes frimaient, les feuilles déjà mortes roulaient avec les bouteilles en plastique et l'air séchait tout.
Après, ce serait fini. Le tourment. Ca irait, ça irait. Ca ira, ça ira, ça ira. La plume d'oied'oie, c'était du vent. On étouffe ici.