Tohu bohu

Ils ont beau faire les beaux, les mots, je trouve qu'ils exagèrent ...

02 décembre 2008

Installation dans le silence

" ... Dormez ... Maintenant  vous allez dormir ... Dormez !  "

René a terminé l'hypnose mais je ne dors pas, moi.  Pas du tout. Je vois  bien que les plumes se sont mises  au  travail,  se suspendent, se baladent, grattent  modérément ou mollement ou furieusement. Mais j'y arrive pas.  Je ne rêve pas. Je ne  dors pas.  Je regarde les plumes des autres. Ma voisine de table. Un coup d'oeil à droite, un coup d'oeil à gauche et , hop  ! , ni vue, ni connue, furtivement, fébrilement, et, comme irrépressiblement,  elle a sorti son arme: un silencieux,  un précieux papier  plié  en quatre.  Dessus, elle a noté  quelques lignes de substance,  de  subsistance,  un stock de mots écrits , ce  matin, aujourd'hui,  ces  jours  ci,  en vue  de pallier, ce  soir,  la  peur  de  manquer. La peur de ne pas. Elle est rassurée, sauvée. Elle  sourit. Elle peut maintenant.  Elle écrit. Elle le fait chaque fois.

Quel est  donc  ce  procédé, ce système, ce  stratagème,  cette  stratégie  ?

Et  moi, je viens chercher  ici  cet aiguillon, ce starter,  ce  facteur  déclenchant,  ce permis  qui ne m'est  pas  donné,  que je ne me donne pas, que je ne trouve pas, que je ne cherche pas  chez moi, qu'on m'empêche, qui  m'est  empêché,  que je m'empêche.

Qui m'autorise  ?

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25 novembre 2008

En voiture Simone

En voiture Simone !...

Mesdames et Messieurs les voyageurs  ...

Embarquement immédiat ! Pour Cythère ?... Pour où ?...  Pour qui ? ... Comme qui ?... Avec qui ? ...Dites moi où et n'en quel pays est Flora, la belle romaine ...

C'est parti. Oui, je suis partie. Avec juste mon petit baluchon. Juste un petit sac. Une valise. De chaque côté. Mes malles. Mes balles. Mes ballots. Mes fardeaux. Mes wagons d'idées, grandes, lourdes, encombrantes. Mes péchés . Mes fautes. Toutes mes fautes.

Ayé, je vais par les sentiers  picotés par les blés.

Ayé, je foule l'herbe menue.

Ayé, je suis en route. On the road again.

  -  C'est quand qu'on arrive où ?
  -  Plus tard, plus tard. Quand je serai grande. Je marche encore un petit peu. J'avance. J'ai déjà bien avancé. Je suis loin. Je suis trop loin . J'ai peur. Mais quand reverrai je, de mon petit village, fumer la cheminée ?

Partir loin des autres, loin des miens, loin de moi. Plus près de moi. Si près de moi. Si près du but.

     Oh !...  Mais dites donc ! ... Ouh lala !  ... Je crois bien que j'ai oublié de fermer le gaz ! Et aussi l'électricité. Et l'eau. Avec mon robinet qui fuit ! Et les fenêtres. Avec l'orage ! Et la porte. La porte ! N'importe qui peut ... J'ai du tout laisser en plan  ! ...

C'est pas bien sérieux tout ça !

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18 novembre 2008

Ce lieu s'est vidé de femmes et la bouilloire bout.

Ca bout ! ... Ca bout ! ...
Café bouillu - Homme foutu !
Homme couillu - Homme perdu !

Ebullition ... Entrons en ébullition.

Ebullitionne moi. Ebouillante moi. Eblouis moi. Electrochoque moi. Rassure moi. Resserre moi. Sincère moi.
Fort.
Encore.
Plus fort.
Ca déborde. Ca dégouline. Ca  s'en va.
Homme vidé - Homme laissé  !
Homme lâché - Homme de peu de foi !

Ca ne durera pas toujours.
Ca ne dure pas toujours.
Ca ne dure qu'un moment.
Ca finit mal.
Ca fait très mal.
En général.

Je suis une femme biblique, chaude, colorée, mère, soeur, amante, reine, moi, déesse mère parmi les déesses mères.
Homme de peu de foi, je vais te manger.

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04 novembre 2008

Faux semblant, digression et autre divertissement

Perdre son temps avec une femme qui n'est même pas son genre
S'occuper Rigoler Remplir
Se divertir Se tromper Se leurrer
Avoir l'air que ça ressemble à quelque chose
Boire pour oublier, pour désinhiber, désensorceler, deséduquer, défaire, transgresser
Hypnose
Toute un vie de travail et d'abnégation
Une vie ratée, une vie corrompue, d'esclave, de chien, de merde, de rêve, à t'attendre
En son temps, il a été
J'aurais pu  J'aurais du  Je ne l'ai pas fait exprès   La tête ailleurs  La tête à ça  En dépit du bon sens  Malgré mon dépit  Malgré moi Malgré tout
Digression Transgression
Il n'appartient qu'à moi   Je m'appartiens  Mon corps m'appartient  Je ne m'appartiens plus
Qu'aurais tu fait à ma place
Recommencer sa vie  Recommencer à zéro
Transformer
Mon chemin eut été autre  Comme à chaque fois
Métamorphose ambulante
Toujours plus près  Si près du but  Avec un peu de chance






_  Qu'aurais tu fait, toi, à ma place ?
J'ai  perdu mon temps. Je suis passé à côté de ma vie pour une femme qui n'était même pas mon genre. Pourtant je croyais l'aimer, ça ressemblait à quelque chose...Toute une vie de travail, d'abnégation, d'esclave, de merde, à l'attendre, une vie à côté de la plaque...

_  Pauvre Martin, pauvre misère...

_   J'aurais voulu t'y voir! Je me suis occupé à bien faire. J'ai toujours été là pour les autres. Ma vie  aurait été  autre, si ...

_   Tu n'as vraiment pas eu de chance...

_   ... Une vie bien remplie, toutefois! ... En mon temps, j'ai été...

_  ... Et maintenant, la TV toujours allumée, une drogue ! ... Tu ne trompes que toi même, tu te trompes,  mon vieux, tu te leurres

_   Oui, je télévisionne pour me divertir, pour passer le temps, pour rigoler un peu, pour m'hypnotiser, c'est malgré moi, je le fais pas exprès, il ne tiendrait  qu'à moi ...

_   Il ne tient qu'à toi...

_  Je  veux recommencer ma vie, recommencer à  zéro,  je m'appartiens; Je veux être au plus près de moi même, plus près de mon vrai moi. Tu vas voir. Si près du but. Avec un peu de chance. Rien ne me détournera.

_  Comme à chaque fois !

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28 octobre 2008

Chantier en cours

     Je passe souvent devant. Pour voir. Et puis, de toutes façons, c'est mon chemin. D'ailleurs, je suis passé devant, tous les jours, pendant vingt cinq ans. Eh oui ! Et puis je m'y arrêtais même, en rentrant du travail. Oh vite fait !  En pinçant le nez ! Mais, faut bien vivre ! Les lotissements, les H L M, la ville proche devaient  suffire à sa subsistance. Il n'avait pas besoin de moi pour exister.

     Les faits : Il était une fois un supermarché. Avec son parking tout autour. La pompe à essence, le lave voiture,  le lavomatic,  tout, quoi. Et tout était bien minéralisé comme il faut. Or, un beau jour, était ce lors d'un retour de vacances ?,  plus de supermarché, plus de parking. Il n'y avait plus qu'un grand emplacement goudronné entouré d'une haie en jachère. Tout complètement vide. Un grand rectangle de goudron vide. Un espace. Avec rien dessus. Tout vide. Entièrement vidé.

Ca alors !

      Moi, j'ai d'abord pensé qu'on en ferait un autre supermarché. Plus grand. Ou alors des immeubles, un espace vert, une église, une mosquée, une salle de gym. Mais, en fait, je ne vous révèlerai rien ; j'ignore tout des  dessous de l'affaire, des calculs, des projets.

    Jour après jour, j'ai vu le sol se fendiller, se fendre,  se crevasser, se soulever. Des plantes sont apparues, des herbes, des tiges, des feuillages, du végétal, du vert, de la verdure, des tendres,  des coriaces,  des qui plient mais ne rompent pas,  des buissons , des arbrisseaux. La cité maya ensevelie. Le temple de la consommation englouti.

     Alors,  je ne vais pas jusqu'à faire un détour mais, quand même, j'aime bien aller aux nouvelles, me tenir informée  de  l'évolution, des progrès accomplis. A l'heure actuelle, le chantier suit son cours. Elles gagnent, elles regagnent, elles poussent, elles croissent. Mais sans fanfaronnades ! Nul hourra ! Nul cocorico ! Les pissenlits s'immiscent. Benoitement. Et aussi les buddleyas.
Ca pousse. Sans ostentation. Sans vergogne. Sans souci. Placidement.

Heureusement.


" Ouaf ouaf ouaf "  s'esclaffèrent les phasmes,  paramécies,   bacilles, microcoques et  autres microbes quand nous eûmes complètement disparu de la surface de la terre.

" Enfin seuls " jubilaient les scolopendres. 

Les lichens se poilaient.

Les virus se bidonnaient.

Les mousses étaient hilares.

Les algues se tapaient sur les cuisses.

C'était de l'allégresse.

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21 octobre 2008

L'antre de Gaspard Hauser

       Dehors, dans la ruelle sombre et dangereuse, c'était la nuit. L'antre de Gaspard Hauser se découpait, lumineuse. Tous les  chandeliers avaient été allumés, on était mardi, jour de réception. Il faisait sans doute plus frais dedans que dehors.  Par la grande vitrine, on voyait les scribes qui recopiaient, le nez sur le guidon, penchés avec zèle et plaisir sur leur papier doux.

      En s'approchant, on pouvait noter la place vacante. Ce jour là, le maitre avait dit:

"...  Abracadabra...
... Ecrivez sans moi
Sous l'égide des  femmes  bibliques
Judith, Salomé, Véronique
Et aussi Myra
... Abracadabra...
Ouvrez les robinets
Osez vous étonner
... Ecrivez...
... Ecrivez...
... Ecrivez... "

Puis il était parti
Ils écrivaient.
Ils écrivaient.
Ils écrivaient.

      Mais:  A l'école, ils avaient ingurgité les fadaises cléricales et ils n'étaient pas prêts pour l'autogestion, alors, l'un d'entre eux, un mâle, prit la place vacante. C'était un mardi surement. Il faisait toujours plus frais dedans que dehors.

      

Et la lumière de l'antre de Gaspard Hauser  n'a pas rempli la nuit de la ruelle sombre et dangereuse.

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14 octobre 2008

Je suis là

        Il y avait un bouchon à l'entrée de la ville. Sinon, moi, par habitude, j'arrive toujours à l'heure, je suis ponctuelle. C'est mardi, bon, j'allais. Je venais me réfugier vers ce que je sais déjà: du connu, du habituel. C'est reposant, plaisant, amusant; c'est déjà bien joli!

        Vous comprenez, le monde ne s'est pas fait en un jour. Mais en six. Et moi, maintenant, j'en suis au septième, je me repose, je profite, je contemple.

        Mais aujourd'hui, c'est le grand remue ménage: Les autres sont déjà là. On parle des collages de Myra Coppey, on parle de Tapies, on parle de la crise, du président bolivien, on parle de Rousseau, on lit un livre. Je n'en crois pas mes yeux. Parce que , voyez vous, je suis une mécréante,une athée. Athée, tendance agacée par les croyants. Alors je n'en crois pas mes yeux. Je ne crois que ce que je sais déjà. Et je me repose, c'est déjà bien joli. Non?

        Assurément, je pense légèrement à la mort. C'est la fin de l'été déjà.

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16 septembre 2008

Presque rêve

          Maintenant que j'ai pas mal vécu, que je suis vieille, je sais ce que je n'aime pas.  Tout ce que je n'aime pas qui me blesse, me heurte, me pollue, me désole, me chagrine, me pèse.

          Alors je trie, j'élimine: ça, non; ça, non ... et on m'appelle destructrice,  fine  bouche, chochotte, chiante, triste  sire, intransigeante.

          Ne  voient ils pas que je souffre de faire  semblant,  d'être conciliante, consensuelle,  menteuse, véreuse, droguée?

         Je veux  arriver  à l'épure subtile, au nectar  frivole, à l'harmonie multicolore,  à la curiosité éblouie, à la légèreté profonde, à la beauté.

        "  Dis moi, pour de vrai!  "  : pléonasme!

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09 septembre 2008

Lombric à brac

Anne ma soeur Anne,

              Tout à l'heure, j'étais  tranquillement  dans mon jardin par une paisible  journée d'été indien. Il faisait chaud, j'avais très soif, j'avais laissé  trainer mon bouquin,  j'attachais un peu les tomates, je désherbais un peu les  haricots, je nettoyais un peu les  dahlias , tout ça;  en arrachant une salade,  j'ai vu un gros ver de terre qui faisait tranquillement son travail de ver de terre : il ondulait, il louvoyait, il entrait, il sortait, il se tortillait , il aérait mon jardin, quoi ! Comme il ressortait de terre, je l'ai saisi par un bout, je suis entrée dedans et j'écris.

             Pour le coup, j'étais Amélie Nothomb qui raconte son anorexie dans " Métaphysique d'un tube " !  Je voulais visiter le ver de la queue vers la tête, j'étais  en train de chercher le wagon restaurant, j'avais très soif, je te l'ai dit, je  m'accrochais aux parois accordéons trémulantes, ça  bougeait, ça glissait, ça s'agitait et j'avançais. C'était rigolo !

            Malencontreusement,  le ver est  constipé .  Plus de souplesse, plus  de fluidité . Une boule de vieille terre, de feuilles mortes, d'herbe sèche  me barre le passage. Bon, ne pouvant me désaltérer, je décide, alors, de m'en retourner et de sortir du ver de terre. Mais je me suis embourbée, je ne puis ni avancer ni reculer, cette boule malaxée me retient et je t'appelle depuis mon portable. Anne, ma soeur Anne, si tu m'entends, je suis prisonnière des tergiversations, supputations, ratiocinements, emberlificotements, dans un ver de terre. Je  cherche comment m'en sortir. Ca rigole pas !   

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02 septembre 2008

Précieux papier

                 Aujourd'hui, les enfants vont au lit de bonne heure;  la mauvaise, c'est l'heure des vacances. Pour ouvrir la porte, René a du pousser les feuilles mortes qui gênaient puis il a allumé la lumière. Il nous a donné du précieux papier. Pour retenir le  temps, je crois, pas pour expliquer quoique ce soit.

                 De l'autre côté de la rue, à travers la vitrine, je vois "ATELIER DE LUTHERIE " . Et moi, dans mon " ATELIER D'ECRITURE " , je regarde les passants qui passent, les motos, les voitures qui vont trop vite et je radote. Mes enfants sont partis de la maison, tous. Oh, ça fait pas bien longtemps! J'ai ratissé le jardin aujourd'hui. Je ratisse mon papier.
               

                 Mes petits enfants doivent aller au lit de bonne heure ce soir.


               " Et dire que j'ai gâché des années de ma vie ... pour une femme qui n'était même pas mon genre " constate Swann. Casse tête. Se tromper de vie. Se tromper de vie, ça fait une vie quand même!

               Les feuilles tombent et la nuit tombe et le luthier n'est jamais dans sa boutique de luthier et les passants sont allés  regarder la télé et les voitures vont trop vite, beaucoup trop vite et les enfants vont à l'école puis, après, ils s'en vont et le jardin reste vide.

               Au lit de bonne heure. Avec plein de bouquins. Après un déjeuner sur l'herbe. Et aussi une balade au bord de l'eau. Avec des canards. Et une péniche. Avec un marinier qui ressemble à Bruce Willis.
On ira tous au paradis. C'est écrit.

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