L'ANTRE DE GASPARD HAUSER
Dehors, dans la ruelle sombre et dangereuse, c'était la nuit. L'antre de Gaspard Hauser se découpait, lumineuse. Tous les chandeliers avaient été allumés, on était mardi, jour de réception. Il faisait sans doute plus frais dedans que dehors. Par la grande vitrine, on voyait les scribes qui recopiaient, le nez sur le guidon, penchés avec zèle et plaisir sur leur papier doux.
En s'approchant, on pouvait noter la place vacante. Ce jour là, le maître avait dit :
"... Abracadabra...
... Écrivez sans moi
Sous l'égide des femmes bibliques
Judith, Salomé, Véronique
Et aussi Myra
... Abracadabra...
Ouvrez les robinets
Osez vous étonner
... Écrivez...
... Écrivez...
... Écrivez... "
Puis il était parti
Ils écrivaient.
Ils écrivaient.
Ils écrivaient.
Mais : A l'école, ils avaient ingurgité les fadaises cléricales et ils n'étaient pas prêts pour l'autogestion, alors, l'un d'entre eux, un mâle, prit la place vacante. C'était un mardi sûrement. Il faisait toujours plus frais dedans que dehors.
Et la lumière de l'antre de Gaspard Hauser n'a pas rempli la nuit de la ruelle sombre et dangereuse.